Syndicalisme paysan : Occupation de la Maison du lait à Paris

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La Confédération paysanne occupe depuis le mercredi 8 septembre la Maison du lait, à Paris 9e, pour imposer une représentation pluraliste de l’ensemble des paysans par leurs syndicats dans cette instance censée représenter la profession.

La Maison du lait est le siège du CNIEL (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière) qui est censé regrouper les producteurs de lait et les industries de cette filière. Or seule la FNSEA (Fédération Nationale des Exploitants Agricoles), le syndicat majoritaire, participe aux négociations au sein de cette interprofession. C’est pour lutter contre cela que la Confédération paysanne (2e syndicat) a lancé cette occupation.

Démocratie syndicale ?

Le rôle du CNIEL est primordial pour les paysans producteurs de lait. C’est au sein de cette instance qu’est négocié le prix de rachat du lait. De son coté, la FNSEA, qui a toujours été très proche de la droite, promouvant une agriculture productiviste, entend représenter seule les « intérêts » des paysans... en négociant des accords dramatiques pour les producteurs de lait.

Le fonctionnement du CNIEL se fait dans l’opacité la plus totale, et cela au nom et avec l’argent de tous les paysans. Car cette interprofession a obtenu du ministère que tous les paysans de cette filière paient une cotisation obligatoire qui s’intitule ironiquement…. « cotisation volontaire obligatoire ». Avec cet argent, le CNIEL finance, entre autre, des pubs qui bénéficient… à l’industrie du lait. Ces cotisations servent aussi à financer les organisations adhérentes, donc la FNSEA... qui reçoit 296 000 euros « d’indemnité forfaitaire » par an [1].

Produire du lait... pour rien !

Les paysans producteurs de lait se font de plus en plus rares et pour ceux qui restent, l’heure est à la survie ! En effet, entre 1984 et 2006, ce ne sont pas moins de 70 % des exploitations de vaches laitières qui ont disparu, et entre 2001 et 2005, le prix du lait à baissé de 12 %, ce qui représente pour les paysans deux mois de revenu en moins sur un an. Aujourd’hui, de très nombreux paysans continuent de produire du lait sans en tirer le moindre revenu pour eux et leurs familles. Autant dire que les luttes de l’année dernière et du début de l’année ; grève du lait à l’automne 2009, manifestation musclée au salon des productions animales de Rennes en septembre 2010 ont révélé un désespoir profond chez les paysans. Ces luttes se sont conclues par une récupération des négociations par la FNSEA qui a obtenu une augmentation misérable du prix du lait afin de briser un mouvement qu’elle n’a pas participé à construire.

Le syndicalisme de lutte paysan à l’offensive

Le 8 septembre, ce sont donc plus de cinquante paysans qui ont entamé une occupation de la maison du lait, afin de faire représenter l’ensemble des paysans et d’obtenir des prix de vente leur permettant de vivre décemment ! La réponse a été claire, pas de négociation, la FNSEA ne partagera ni sa place, ni sa part du gâteau. Cette réponse a été accompagnée d’une demande d’expulsion au tribunal avec une astreinte de 50 000 euros par jour. C’est donc comme cela qu’on traite ses camarades syndicalistes pour la FNSEA. Le juge n’a heureusement pas suivi cette demande et a ordonné une médiation.

A l’heure où nous écrivons cet article, l’occupation est toujours en cours, et ce sont des paysans de toute la France qui se relaient pour tenir le siège. Le soutien est de plus en plus large (partis, syndicats, associations, etc.) et les convergences entre les luttes se mettent en place. Ainsi, lors de la journée de grève du 23 octobre, une délégation des paysans occupant la maison du lait s’est rendue à la manifestation parisienne (et même si l’on en parle moins, les retraites paysannes, déjà misérables seront aussi durement touchées par la réforme). De la même façon, des délégations d’usines en lutte sont venues apporter leur soutient, comme les « Cconti » le 23 septembre.

C’est cette convergence qu’il faut construire, le syndicalisme de lutte, qu’il soit ouvrier ou paysan, doit s’imposer pour être entendu et pour pouvoir construire des luttes offensives.

John Deere et Georges Claas, paysans et militants d’AL (Var)

[1Rapport de la cour des comptes sur les Cotisations Volontaires Obligatoires, 2006

 
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