politique

Terrorisme : Aucune explication, vraiment ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


Pour le premier ministre Manuel Valls « aucune excuse sociale, sociologique et culturelle » ne doit être cherchée au terrorisme . Sous-entendu : expliquer c’est excuser. Une rhétorique utile pour mettre sous le tapis les vraies questions et imposer une fuite en avant guerrière.

Les portraits des terroristes ou de ceux et celles parti-e-s en Syrie dressés ces dernières semaines dans la presse, montrent qu’il n’y a pas un seul facteur expliquant ces parcours. Certains et certaines sont d’anciens délinquants ou délinquantes, passé-e-s ou non par la prison. D’autres encore vivent des situations de grande précarité et d’exclusion sociale, alors qu’il y a aussi des personnes considérées comme « intégrées » parmi les terroristes.

Malgré ces différences, ce qui interpelle en lisant les biographies de ces gangsters c’est d’abord le parcours chaotique de la majorité d’entre eux et elles. Les parcours dits de « radicalisation » se mêlent bien souvent à des parcours de délinquance et de marginalisation, ou encore s’inscrivent dans des trajectoires de précarisation favorables à l’aventurisme de toute sorte. Un melting-pot de tout ce que produit la société capitaliste française comme fragilités sociales ou exclusions.

Mais les conditions sociales ne suffisent pas à expliquer les parcours qui mènent à la violence terroriste. Elles ne sont qu’un terreau sur lequel poussent les graines du terrorisme, dont la croissance dépend des expériences concrètes dans lesquelles sont plongés les individus.

Les expériences de déshumanisation

Quelles ont les expériences réelles entraînant des individus à commettre de tels actes ? C’est tout d’abord les guerres menées par le gouvernement français dans un certain nombre de pays et la rhétorique du choc des civilisations qui trouve un écho certain chez des personnes fragilisées, qui partent et se construisent dans l’expérience de la guerre.

C’est ensuite l’endoctrinement religieux par des rencontres qui, comme tout phénomène sectaire, promet la lumière en échange d’une soumission totale. L’idéologie religieuse est un ferment puissant dans un contexte de stigmatisation. Mais, alors que l’attention se focalise sur cette dimension il n’est pas inutile de souligner que la radicalisation religieuse ne mène pas nécessairement au terrorisme et que celui-ci peut s’en passer. Cette radicalisation n’est bien souvent qu’un prétexte secondaire dans les parcours terroristes.

Enfin, un autre élément important, et non des moindre, est le produit même des politiques sécuritaires. En effet, une part non négligeable des parcours de radicalisation se sont construits en lien avec l’expérience de la prison, qui est avant tout une expérience de déshumanisation dans laquelle le djihadisme devient une voie de revalorisation. Même s’il est relativement discret, le prosélytisme d’un islamisme radical et guerrier remplit une fonction sociale en prison. Les personnes dites « radicalisées » en prison sont souvent celles qui se retrouvent désaffiliées dans un univers carcéral organisé selon une hiérarchie « professionnelle » et reposant sur une échelle de la virilité. Dans cette univers, les prisonniers qui se « radicalisent » sont souvent ceux qui se retrouvent exclus de l’ordre carcéral : trop timides, ne faisant pas partie de bonnes bandes (car habitant en dehors des grandes périphéries urbaines).

Dès lors, on imagine bien que les « solutions » proposées par les politiciens, c’est-à-dire plus de guerre et plus de prison sont des solutions de pompiers pyromanes et ne reviendront qu’à renforcer le cercle vicieux.

Tristan (AL Toulouse)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut