Touch rugby : L’autre ovalie

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Alors que toute la France est plongée dans la fièvre médiatique du mondial de rugby, les discours fusent sur ce magnifique sport où règnent la solidarité, l’engagement, un sport qui n’est pas encore « perverti par d’autres éléments, notamment un trop plein d’argent… » [1]. Mais on oublie tout autant de parler de la version non violente et mixte de ce sport : le touch rugby.

Le Rugby, réputé comme étant « un sport de barbare, joué par des gentlemen », a été créé par l’aristocratie anglaise et reflète un certain nombre de valeurs, tel un esprit d’équipe, d’abnégation ou de sacrifice pour les coéquipiers, mais aussi un engagement total, physique, une résistance à la souffrance. Ce jeu, qui privilégie de plus en plus la force physique depuis sa professionnalisation, est notamment basé sur la puissance collective de la mêlée, une puissance brute, qui écrase l’adversaire. Le rugby est de moins en moins un jeu d’esquive et de finesse. L’aspect esthétique et le plaisir du beau jeu sont refoulés derrière la puissance brute construite par l’entraînement professionnalisé, dont le but ultime est la victoire.

Les réalités du sport

Il n’est pas nouveau que le sport présente un intérêt pour le pouvoir, qui l’utilise abondamment. Ce n’est pas par hasard si notre glorieux président entend « reconstruire une école où le sport est considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort, une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement de soi et le respect des autres » [2]. Toutes ces valeurs que l’on peut transposer dans l’entreprise : esprit de corps, sacrifice pour l’entreprise, engagement total, culte du résultat, de la performance. Le sport de compétition est avant tout une activité ludique adaptée au mode de production capitaliste (la performance devient la marchandise vendue au public) qui entraîne cette injonction autoritaire au dépassement de soi, ce culte du résultat et du « corps sportif », irréel, sur lequel se basent les normes esthétiques contemporaines. Mais il est aussi un spectacle, opium du peuple de l’époque moderne, moyen de canalisation émotionnel des masses, servant d’exutoire aux frustrations que la société capitaliste engendre. Mais il existe d’autres formes de jeux sportifs à promouvoir.

Le touch rugby : un rugby alternatif

Le « touch » est un jeu originaire d’Océanie, basé sur l’esquive, la dextérité et non l’impact ou la force massive, ce qui permet de faire participer sur un même terrain tous les joueurs et les joueuses, quelle que soit leur puissance physique, sans danger de blessure. Tout d’abord jeu d’entraînement, il est devenu une version de rue du rugby car le plaquage n’y est pas autorisé.

Les équipes comptent 14 joueurs, dont 6 sur le terrain (entre 50 et 70 mètres de long), ce qui permet de faire des remplacements nombreux, adaptés à la condition physique de chacun-e. L’attaque doit avancer vers la ligne d’essais adverse, en faisant des passes, à la main et vers l’arrière, pour marquer en posant le ballon au sol. L’équipe s’arrête dès que la personne portant le ballon est touchée par l’adversaire. Le ballon est alors posé au sol et repris par l’équipe attaquante, qui a droit à 6 tentatives pour marquer, avant de devoir abandonner le ballon à l’équipe adverse. Et cela pendant 40 minutes.

Ce jeu a l’intérêt d’être basé sur la vitesse et l’esquive, supprime les regroupements violents et les magouilles et blessures qui y sont parfois liées. Il permet aussi de substituer une confrontation essentiellement tactique à une confrontation surtout physique afin de faire jouer un maximum de personnes, et donc de réduire cette ségrégation des âges et des sexes qui aboutit à légitimer des inégalités, sous prétexte de différences de physionomie.

Sport ou activité physique ludique ?

Plusieurs alternatives sportives se développent actuellement : touch rugby, flag (équivalent du touch pour le football américain), ou foot à sept [3]. Elles contribuent à promouvoir une autre vision du sport, redevenu un jeu dont le but principal est le plaisir partagé. Mais ce jeu tourné vers l’esthétique du geste et le plaisir peut aussi être une activité physique permettant d’entretenir son corps, sans vouloir le dénaturer. Toutefois, ces expériences ont du mal à se séparer de certains aspects du sport, tel que l’enjeu du résultat, le classement, c’est-à-dire l’esprit de compétition. Cet esprit amène logiquement à conserver des catégories comme si l’enjeu obligeait à établir un semblant d’égalité des chances : équipes masculines, féminines, mixtes, plus de 35 ans…

Il reste donc à construire, à partir de ces expériences, une véritable alternative au sport, une activité ludique qui ne soit plus un outil de propagande capitaliste mais un moyen d’épanouissement pour tous et toutes.

Renaud (AL-Alsace)

[1Nicolas Sarkozy, le 7 septembre 2007, au Stade de France

[2Nicolas Sarkozy, discours de Maisons-Alfort, le 2 février 2007

[3Voir l’article sur le foot à 7 dans Alternative libertaire de l’été 2007

 
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