Vie de meuf

Tour de taille et crèmes au chocolat

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Être une femme, c’est devoir se plier à des injonctions sociales contradictoires. Des injonctions qui mènent au contrôle des corps par elles-mêmes jusqu’à se soumettre à des troubles alimentaires potentiellement létaux.

Les femmes souffrant de boulimie ou d’anorexie ont une peur maladive de grossir rendant leur vie sociale compliquée. Une femme boulimique a un besoin incontrôlable et violent de manger, survenant brutalement et sans plaisir. A l’inverse, la femme anorexique mange peu voire pas. Dans les deux cas elles tentent de débarrasser leur corps de l’excès de calories par des vomissements provoqués, l’emploi abusif de laxatifs et de l’exercice physique intensif, jeûnes ou restrictions alimentaires sévères.

Dans la société actuelle les femmes doivent être parfaites  : avoir des enfants tout en conservant un corps avec des formes aux bons endroits, être épanouie, à la fois active et séductrice, être carriériste, avec une vie sociale riche.

La mondialisation est venue croiser le chemin du narcissisme et diffuse ses images et selfies. Les réseaux sociaux nous incitent à avoir une vie parfaite, des photos sur lesquelles être toujours resplendissantes et avoir le plus «  d’amis, d’abonnés, de j’aimes...  ». Les femmes se comparent, les spécificités culturelles s’estompent. Les standards esthétiques sont uniformisés. Le corps est alors un instrument social d’intégration. La femme doit être mince et plaire aux autres pour pouvoir s’affirmer dans un monde social  : le physique est la carte d’identité d’une femme, mais surtout son CV, son profil de sites de rencontre…

femmes parfaites… sur papier glacé

L’image renvoyée par la presse féminine, la mode et la pub correspond à l’image de la femme brindille, douce et discrète  : idéal de l’effacement. Toujours bien habillée, maquillée et souriante, elle doit véhiculer l’image de la femme bonne vivante qui mange sans grossir incitant la femme à faire des régimes pour être désirée. Nombreuses sont les publicités associant maigreur et consommation, comme si pour être heureuse il ne fallait pas dépasser un certain poids. La femme mange des crèmes au chocolat mais reste mince. Les diètes sont une obsession sociale. Le conformisme de la minceur se diffuse à grande échelle. La femme décrite comme pulpeuse n’a finalement aucun attribut jugé disgracieux  : ventre, cuisses, vergetures, cellulites.

S’affamer pour correspondre au canon

Le diktat de la maigreur entraîne une pression exercée sur les corps des femmes à se fondre dans des normes très strictes. La multiplication d’images de corps particulièrement maigres et retouchés, considérés comme les canons de beauté féminins contemporains inatteignables d’une part, la dévalorisation systématique de leur physique, l’anxiété et l’insatisfaction permanentes au sujet de leur corps d’autre part, sont une somme de facteurs supplémentaires de troubles du comportement alimentaire.

Ce culte de l’apparence nous est inculqué très jeune. La poupée donnée à un enfant est déjà «  bien foutue  », et hyper sexualisée. Dès l’enfance on explique aux jeunes filles à manger moins, à faire attention à leur poids.

Belle, silencieuse, inférieure

On imagine assez peu une femme dans un rapport de séduction manger un burger car cela ne correspond pas à l’idéal de la féminité qui existe dans notre société. À l’inverse, on va considérer qu’un homme doit manger des aliments consistants. Dans notre société, les femmes doivent être moins expansives, moins bruyantes, se contrôler, prendre moins de place, parler moins. La femme est réduite à un objet à contempler, à désirer, dénuée de pensées, réflexions et d’esprit critique. Cette société d’images stigmatise les femmes et leurs valeurs dépendent seulement de leur apparence. Le but étant de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle inférieure par rapport à l’homme.

La dévalorisation systématique de leur physique, l’anxiété et l’insatisfaction permanentes au sujet de leur corps sont une somme des facteurs supplémentaires de troubles du comportement alimentaire des femmes.

À cela s’ajoute l’hyper sexualisation du corps féminin dans la publicité, réduisant les femmes à des objets sexuels. Les violences sexistes subies par les femmes au quotidien au travail, dans la rue, au sein de la famille, entrainent certaines femmes à vouloir effacer leurs formes ainsi que ces regards de sexualisation.

Les hommes s’octroient le droit d’inspecter et d’évaluer le corps des femmes. Les femmes sont transformées en objets sexuels par le biais de ce regard, qui les réduit à leur corps, voire à des parties de leur corps  : regards malsains accompagnés éventuellement de commentaires évaluateurs.

Des injonctions contradictoires

Le corps des femmes doit être soit montré, soit caché. Les femmes sont invitées à porter des tenues mettant en avant la forme de leur corps, en particulier leur taille. Décolleté, dos-nus, haut moulant, jupe courte, talons-aiguilles qui font ressortir les fesses et les seins…  : autant de vêtements qui dévoilent les formes du corps des femmes et qui sont considérés comme féminins. On dira ainsi d’une femme portant des vêtements amples qu’elle est «  habillée comme un sac  » et qu’elle est peu attirante car peu féminine. Mais on demande aussi aux femmes de ne pas trop se dévoiler, au prétendu risque d’être vulgaire et d’exciter la libido des hommes.

Les agressions verbales et regards sexuels sont un quotidien qui oblige certaines femmes à baisser les yeux et cacher leurs formes. Ces comportements se banalisent tant dans la rue que sur les lieux de travail (blagues sexistes, questions sexuelles, remarques et gestes déplacés). Ce harcèlement sexuel a des effets négatifs sur le bien-être des femmes  : sentiment de honte par rapport à son corps, mal-être. Les femmes ayant subi des commentaires ou des attitudes sexistes se focalisant uniquement sur leur apparence, peuvent se sentir salies et moralement «  impures  ». La nourriture devient alors un moyen de s’anesthésier, un ricochet de la violence sexiste et/ou sexuelle.

Le féminisme progresse en dénonçant les standards de beauté et la grossophobie qui en découle. La lutte féministe doit permettre aux femmes d’avoir une image positive de leur corps, de s’émanciper face à notre société obsédée par la minceur féminine et d’évincer le malaise sociétal duquel découlent les troubles alimentaires.

Marie (AL Paris Nord-Est)

 
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