Traiter l’agresseur sexuel par l’éducation féministe

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L’agresseur n’est pas un « monstre » surgi du néant, mais un triste produit de la société patriarcale. Sa réhabilitation par l’éducation et un combat culturel dans la société sont indispensables.

Les violences sexuelles sont devenues une problématique publique et politique grâce aux mobilisations féministes des années 1960-1970. La prise en compte de ces violences a augmenté et s’est traduite par une hausse des dénonciations et des plaintes, et par des évolutions juridiques. Pourtant au cours des années 1990, à partir de faits divers sordides, notamment de pédophilie, comme l’affaire Dutroux en Belgique, le criminel sexuel est devenu l’incarnation même du monstre incorrigible. La grille de lecture féministe des violences sexuelles a alors été marginalisée au profit d’une grille de lecture sécuritaire.

Sous cet angle, l’auteur de violence sexuelle n’est pas le produit normé du patriarcat, mais un individu anormal et nécessairement récidiviste. Se développe alors une augmentation de la répression – enfermement, soins psychiatriques contraints, contrôle, fichage. Ces mesures sont pourtant grandement illusoires car elles reposent sur une image déformée de l’auteur de violences sexuelles : celle d’un prédateur sexuel agressant de manière pulsionnelle ses victimes à la sortie de l’école ou dans la rue.

Or ces violences sont généralement des violences de proximité où, dans près de 80 % des cas, la victime connaît son agresseur. Le danger ne se trouve donc pas dans une anormalité psychiatrique ou individuelle, mais dans les rapports de domination à l’origine de ces violences.

La récidive, inquantifiable, ne peut être un critère

Diverses études montrent que le taux de récidive des criminels sexuels est grosso modo le même quel que soit le mode de prise en charge – suivi psychothérapeutique, castration chimique, emprisonnement [1].

Comme par ailleurs, ces violences sont très largement sous-déclarées - près d’une victime sur deux n’en parle à personne [2], la récidive est impossible à évaluer sérieusement. En conséquence, le débat sur les moyens de répression et/ou de réhabilitation ne peut reposer sur des critères d’efficacité mais plutôt sur les valeurs mises en œuvre dans le traitement des auteurs de violences sexuelles.

Un système égalitaire devrait, en matière de traitement des auteurs, privilégier des formes de rééducation s’attaquant aux sources de ces violences : les rapports de domination et la culture du viol. Une rééducation féministe [3] est nécessaire, mêlant un travail de conscientisation sur ces violences et ce qui les produit, et un travail de déconstruction des stéréotypes de genre.

Tristan (AL Toulouse)


Les autres articles du dossier :

[1Monique Tardif, Jo-Annie Spearson-Goulet, « La récidive chez les agresseurs sexuels », novembre 2012, sur www.inspq.qc.ca

[2Nathalie Bajos, Michel Bozon, enquête « Contexte de la sexualité en France », Ined, Inserm, 2006.

[3Lire à ce sujet « Éducation : La pédagogie féministe contre les violences », Alternative libertaire, novembre 2016.

 
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