Travail-emploi : Inégalités hommes-femmes : rien ne bouge

Version imprimable de cet article Version imprimable


Alors que la direction de Renault et une partie des syndicats viennent de conclure un accord sur l’égalité professionnelle, les inégalités hommes-femmes restent la norme pour l’ensemble des entreprises françaises comme pour le secteur public et apparaissent comme une préoccupation secondaire du syndicalisme.

Grâce au courant critique et féminin au sein des sciences sociales qui s’est développé en France à partir des années 70 dans la continuité des luttes féministes, il est possible d’avoir une appréciation très précise des inégalités entre hommes et femmes tant en ce qui concerne le travail que l’emploi.

Ces travaux ont permis de mettre en lumière la division à la fois sexuelle et sociale du travail et constituent autant de points d’appui pour développer des revendications égalitaires articulées sur un véritable projet d’émancipation.

Inégalités horizontales et verticales

Ces quarante dernières années sont marquées par un accroissement de la part des femmes dans la population active qui atteint désormais 40 à 48 % dans la quasi totalité des pays de l’Union européenne à la veille de son élargissement.

Mais ce fort taux d’activité se limite à quelques professions (santé et services sociaux, commerce de détail, éducation, administration publique) et il tombe à un taux de 36 % (2002) pour les professions de l’encadrement, à l’exception de l’enseignement et des professions scientifiques (56 %). En fait les secteurs les plus féminisés sont les mêmes que dans les années 60.

Si l’on note une réduction des inégalités limitée mais réelle en terme d’activité, en matière de salaires, c’est l’immobilisme total. Les écarts entre hommes et femmes sont de plus de 25 % en France, de 28 % dans l’Union européenne et de 50 % à l’échelle de la planète.

C’est dans la définition de la qualification que réside une des clefs des inégalités entre hommes et femmes en matière de salaires. Souvent justifiée par des critères techniques, la qualification résulte en fait de conflits et de négociations. L’exemple du secteur de la presse est un des plus parlants. Depuis 1969, les femmes sont de plus en plus nombreuses à être embauchées dans la fabrication des journaux. Elles ont été alors embauchées comme clavistes et ne bénéficiaient pas du statut d’ouvrier du livre. Afin de protéger leur statut plus avantageux, les typographes et leur syndicat ont négocié des conventions collectives mettant en valeur la spécificité de leur travail en opposition avec celui de claviste, maintenant donc des écarts importants de salaires. Au fil des années, la technologie évoluant, les différences en matière de technique et de savoir-faire sont devenues quasi inexistantes, ce qui n’a pas empêché le syndicat des typographes d’opposer les ouvriers bénéficiant du statut aux travailleuses qui n’en bénéficiaient pas...

En France, on pourrait penser que ces écarts ne concernent que le secteur privé, le statut de la fonction publique et les grilles de rémunération permettant une égalité totale à corps (A, B et C) et à grade égal... Rien n’est plus faux.

Le mythe de l’égalité républicaine

Pour les femmes l’égalité dite républicaine n’est qu’une fiction. En effet, les inégalités se creusent avant même l’entrée dans la fonction publique, c’est-à-dire dès le concours. Le taux de femmes dans les jurys s’élevant à 30 % (seuil minimal fixé par la loi) y est pour quelque chose. À la Direction générale des impôts où les femmes représentent deux tiers des agents, et alors qu’elles sont plus diplômées que les hommes, elles perdent 7 points entre l’écrit (où règne l’anonymat des copies) et l’oral. De même les femmes mettent dix ans de plus que les hommes pour effectuer leur carrière dans un même corps du fait que ce sont elles qui majoritairement interrompent temporairement leur activité pour s’occuper des enfants.

C’est dans un contexte de montée du chômage que l’activité féminine a progressé. Si les femmes constituent 45,8 % de la population active, elles représentent plus de 50 % des chômeurs. Le chômage féminin est à la fois plus fort et plus durable.

À cela il faut ajouter le fait que les gouvernements qui se sont succédé ces dernières années ont développé des politiques incitatives au retrait des femmes du marché du travail. On pense à l’extension de l’allocation parentale d’éducation aux mères de deux enfants en 1994 qui a contribué à rayer des dizaines de milliers de femmes des fichiers de l’ANPE.

Enfin, dernier aspect de l’évolution des inégalités entre hommes et femmes au travail, le temps partiel, choisi dans le public, le plus souvent imposé dans le privé qui touche très majoritairement les femmes (80 % dans l’Union européenne) dans les métiers pas ou peu qualifiés et qui pèse fortement sur l’évolution des salaires.

Au-delà des constats, la question des inégalités hommes-femmes constitue une nouvelle frontière pour le syndicalisme.

On cherchera en vain ces dernières années la moindre journée d’action interprofessionnelle consacrée à cette question.

En marge de la pratique dominante dans le syndicalisme, des femmes de l’Union syndicale Solidaires, la FSU, ainsi que de certaines équipes CGT et CFDT organisent chaque année des journées de réflexion et de débat sur ces questions en vue de faire progresser les droits collectifs en faveur des femmes et revendiquer de nouveaux droits.

Se limiter à une simple évolution du droit n’est pas suffisant, si elle n’est pas accompagnée par des mesures d’action positive à même de combler les écarts existants. Des mesures qui n’ont un sens que si elles s’articulent avec d’autres mesures visant à remettre en cause l’ensemble des inégalités.

L. E.

Sources :

Le Monde

Margaret Maruani, Travail et emploi des femmes, La Découverte (Repères), 2003.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut