Travail social : Des éducs à tout faire

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La réforme des diplômes des travailleurs sociaux concoctée par le gouvernement rend la formation moins concrète et moins spécifique aux différentes spécialités. Elle fait de plus planer un risque sur les conventions collectives et les conditions de travail. Face à ces reculs, les éducateurs mobilisent encore trop timidement.

Alors que les étudiants de plusieurs écoles du social se mobilisent depuis des années pour la reconnaissance de leur statut (reconnaissance des diplômes d’éducateur et d’assistante sociale au niveau licence), et de leur formation (financement des stages et de leur gratification), le ministère des Affaires sociales, conjointement avec les représentants des employeurs et des centres de formation (l’Unaforis), ont donné leur réponse, sous la forme d’une réforme complète des métiers du social.

Sous couvert d’apporter une qualification supérieure et une meilleure « flexibilité », cette réforme, négociée à huis clos depuis 2013, est une attaque de plus sur un secteur déjà fragilisé par les réformes précédentes et les réductions de budget. Les différentes organisations de représentation des métiers et des salarié-e-s n’ont pour ainsi dire peu ou pas eu leur mot à dire.

Diplôme unique

En quoi va consister cette réforme ? Purement et simplement en la disparition des différentes formations du social. Celles-ci seront remplacées par un diplôme unique de travailleur social, divisé en niveaux correspondants aux qualifications des études classiques (bac, BTS, licence, master, doctorat...). Chaque niveau aura alors des cours théoriques en commun, avec des « modules » de spécialisation pour chaque domaine spécifique. (handicap, insertion, protection de l’enfance), et l’idée d’une formation continue. Les stages, qui sont aujourd’hui fondamentaux dans un secteur travaillant avec l’humain et où l’apprentissage passe beaucoup par l’expérimentation sur le terrain, seront limités à six mois maximum (contre neuf actuellement), avec une possibilité de passer outre si on a déjà travailler dans un secteur « validant » les modules correspondants.

En définitive, cette réforme, censée, selon ses inititiateurs, apporter une meilleure polyvalence et une formation plus adaptée au terrain, a un nombre impressionant de conséquences directes et indirectes complètement néfastes pour les travailleurs et les bénéficiaires de l’action sociale.

Attaque contre les conventions collectives

Tout d’abord, la disparition des stages appauvrit le contenu des formations, et va laisser les futurs travailleurs sociaux hors des réalités du terrain et du contact avec le public. De même, la mise en commun des cours est l’aboutissement du cheminement déjà entamé par les centres de formation depuis quelques années pour calquer les diplômes sur un cursus universitaire classique, dans l’objectif de réduire les coûts, notamment en faisant effectuer une partie des cours (voire l’intégralité) à l’université. Fini à terme l’accompagnement dans les écoles.

Et, peut être plus grave pour les futurs travailleurs, cette réforme est une attaque de plus contre les conventions collectives qui protègent les différents métiers du social (CCN 51 et 66). Car, sans diplômes, la convention est caduque, et sera sûrement remaniée au bénéfice des employeurs qui réclament cette réforme depuis longtemps. On peut d’ores et déjà imaginer que la nouvelle formule sera beaucoup moins favorable aux ­salarié-e-s.

Le reformatage des niveaux correspondants aux éducateurs spécialisés et assistantes sociales, par exemple, font qu’ils seront formés à être des coordinateurs de projets et non pas à l’accompagnement éducatif (ce qui avait commencé lors des précédentes réformes de 2007), permettant donc d’embaucher des diplômés de niveaux inférieurs pour les même tâches, entraînant du coup une réduction des salaires pour le même travail à grande échelle, au prix d’une perte de sens complète de nos métiers. Comme pour la mastérisation des formations enseignantes et la réforme du diplôme des infirmiers, le but est, en s’attaquant aux formations, de permettre une réductions des coûts à grande échelle dans les services publics, sans se soucier des effets absolument catastrophiques pour le personnel et les publics.

Une mobilisation à construire

Face à cette réforme, la mobilisation s’organise même si elle reste encore trop faible. Un collectif de professionnels et futurs professionnels, Avenir Éducs, s’est créé, et a organisé une journée de colloque sur les conséquences de cette réforme le 22 novembre dernier et le 10 décembre, à l’appel des organisations de professionnels, de syndicats, et d’Avenir Éducs, près de 500 étudiants, formateurs et professionnels se sont rassemblés devant le ministère des Affaires sociales contre la forme actuelle du projet. Peu de professionnels sur le terrain sont au courant de ce qui se joue et bien qu’ils aient voté contre la réforme lors de son passage en commission technique, les syndicats représentatifs n’ont pas ou peu communiqué sur le sujet sur les lieux de travail. Pour l’instant, les revendications avancées sont juste un droit de regard sur le contenu de la réforme mais, devant le mutisme du ministère, il faut aller plus loin. Cette réforme globale n’est absolument pas une nécessité et ce dont le secteur a besoin avant tout, c’est de moyens pour accomplir ses missions avant tout. Il faut mobiliser et seule la grève fera plier le ministère.

Yugz (AL 95)

 
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