Trois sources des pédagogies libertaires

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Faisons un petit détour par notre passé ! Nous allons voir brièvement comment trois auteurs classiques définissent l’éducation comme essentielle à la construction d’une société libérée de l’oppression et de l’exploitation, et l’éducation libertaire comme pièce essentielle de la lutte pour un projet socialiste libertaire.

– Stirner, Proudhon et Bakounine – vont établir que la liberté doit s’articuler avec l’éducation. Ces références historiques, qui ne sont certes pas les seules mais ont marqué leur temps et le nôtre, vont établir la relation qui existe entre éducation et révolution, et contester le principe marxiste selon lequel l’éducation sera modifiée dès lors que l’ordre économique capitaliste aura été renversé.

Il serait illusoire, comme le rappellent J.-M. Raynaud et G. Ambauves dans un numéro de Spartacus de 1978, de penser que la pédagogie et l’école à elles seules peuvent accoucher d’une société libertaire. Si « le problème scolaire est un problème vital » selon Stirner, c’est parce que l’école joue un rôle crucial d’intégration à la société.

Comme celle que nous avons autour de nous est autoritaire, son école ne saura former que quelques rares donneurs d’ordres et surtout des cohortes d’exécutants serviles, dépossédés dès leurs plus jeunes années de leur liberté d’individus pleinement réalisés. La liberté de l’enfant est, dès lors, condition sine qua non pour avoir des hommes libres.

Pour Proudhon, l’éducation doit, pour sortir de ce piège de l’école formatrice d’hommes aliénés, être une éducation de classe. Populaire et redonnant au travail sa vraie valeur, l’école selon le typographe libertaire doit proposer une éducation – intégrale fondée sur la « polytechnie » un libre choix des disciplines sans discrimination aucune entre celles plus manuelles et les autres, plus intellectuelles – et, d’autre part, doit permettre l’apprentissage tout au long de la vie. C’est à cette condition seulement que l’on pourra en finir avec les distinctions de savoirs qui amènent de manière directe aux distinctions de pouvoirs... et à toutes les inégalités et les oppressions que nous connaissons.

Pour le révolutionnaire russe Bakounine, à la suite de Proudhon, l’éducation doit être intégrale et, de ce fait, ne pas se contenter de fournir les connaissances mais aussi et surtout viser à former les caractères pour les habituer à l’exercice de la liberté conquise par l’apprentissage, grâce à l’effacement de la figure du maître. Éducation complète qui comporte aussi la possibilité de l’erreur dans l’orientation puisque, dans ce cadre, « s’ils [les enfants] se trompent, l’erreur même qu’ils auront commise leur servira d’enseignement efficace pour l’avenir, et l’instruction intégrale qu’ils auront reçue servant de lumière, ils pourront facilement revenir dans la voie qui leur est indiquée par leur propre nature… » : principe du tâtonnement et de l’erreur féconde que ne reniera pas, quelques décennies plus tard un éducateur français nourri de syndicalisme révolutionnaire, Célestin Freinet.

Trois figures à peine esquissées ici, trois marques importantes de notre mouvement qui nous montrent, si besoin en était, que nous devons conjuguer les efforts pour une société libertaire avec les luttes pour une pédagogie émancipatrice et autogestionnaire.

Accattone

 
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