Une agriculture européenne sans pesticides ?

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La prise de conscience par une partie des capitalistes des risques liés à la crise écologique ne va pas jusqu’à aborder les mesures nécessaires pour s’attaquer à cette crise. Ainsi un rapport de l’Iddri sur l’agriculture, omet simplement de rechercher les mesures nécessaires pour y parvenir.

L’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), créé en 2001 est un «  laboratoire d’idées  » rattaché à l’Institut d’études politiques de Paris. Au sein de son Conseil d’administration on trouve parmi les membres fondateurs, EDF, GDF-Suez, Véolia. Pourtant, l’Iddri vient de publier mardi 16 avril une étude entendant démontrer que nourrir l’Europe sans pesticides est un objectif réaliste  [1].

Le scénario établi par les chercheurs de l’Iddri vise à améliorer la qualité de l’alimentation des Européens, à diminuer l’impact climatique de l’agriculture et à protéger l’environnement. Ils proposent de supprimer tout recours aux engrais chimiques et aux pesticides. Ils estiment que cela se traduirait par une baisse de 35 % de la production agricole au sein de l’Union.

Un affrontement nécessaire avec les multinationales

Mais si en parallèle les habitudes alimentaires évoluaient et que les consommateurs mangeaient plus de céréales, de légumineuses, de fruits et légumes et moins de viande ce scénario permettrait de nourrir les 530 millions d’individus que comptera l’Union européenne en 2050.

C’est par ailleurs ce que préconise l’Organisation mondiale de la santé. N’allons pas pinailler sur les détails, pour l’essentiel c’est aussi ce que disent les écologistes conséquents depuis longtemps.

C’est faisable  ? Alors comment le faire  ? La première question est celle de la volonté – inexistante – de sortir du modèle agricole intensif. L’appel à conditionner les aides de la PAC  [2] à des critères environnementaux, proposition portée par une plateforme d’ONG et d’organisations paysannes, n’est pas prise en compte, surtout dans le contexte de la baisse envisagée de 5 % de l’enveloppe des aides. Les chercheurs assurent que leur modèle n’entraînerait pas forcément une hausse de prix agricoles, si on y inclut « tous les coûts, y compris les externalités, comme les dépenses de santé ou celles liées à la dépollution de l’eau », explique Xavier Poux, coauteur du rapport.

Nous voilà au cœur du problème. Ceci contreviendrait aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. N’est évidemment pas évoqué l’affrontement nécessaire avec les multinationales de l’agrochimie  ; la remise en cause de la logique de concentration agricole à l’œuvre depuis soixante-dix ans, soutenue par la FNSEA  ; la nécessité de rompre avec la concurrence libre et non faussée de l’UE, etc. Ce sujet est fondamental, mais nous avons bien peu à attendre de solutions venant d’experts libéraux.

Jacques Dubart (AL Nantes)

[2Politique agricole commune au sein de l’Union européenne

 
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