Révolte des banlieues

Une semaine de révolte contre l’injustice sociale

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En une semaine, les émeutes initiées à Clichy-sous-Bois par la mort de Zyed et Bouna se sont propagées à d’autres villes de banlieue parisienne puis finalement à tout l’hexagone. C’est le résultat inévitable d’au moins cinq années de sarko-show, huit années de durcissement sécuritaire et plus de trente années de dégradation sociale.

Zyed et Bouna sont morts électrocutés dans un transformateur EDF, un troisième mineur est dans un état grave. Ils se croyaient poursuivis par la police. Saura-t-on un jour s’ils l’étaient effectivement, et si les policiers sont coupables de non-assistance à personnes à danger ?

Quelles que soient les circonstances exactes de la mort de ces deux adolescents, elle aura été l’étincelle. La jeunesse des banlieues est saturée de rancœur contre un État qui, depuis des années, ne lui apparaît plus que dans son essence policière, judiciaire, et de plus en plus pénitentiaire.

Dans les quartiers populaires, les habitant(e)s vivent constamment dans la peur, pour eux ou leurs enfants, des contrôles d’identité humiliants, au faciès, des arrestations arbitraires, des passages à tabac impunis, et des inculpations pour « outrage et rébellion » frauduleuses afin de satisfaire à la « politique du chiffre ». Les rapports officiels récents eux-mêmes insistent sur cet accroissement du non-respect de la loi par ses principaux dépositaires.

Et que dire des provocations du ministre de l’Intérieur, mais surtout du mépris d’une politique qui, considérant les cités comme des territoires à reconquérir, s’apparente de plus en plus à une pratique coloniale et militaire du « maintien de l’ordre » ?

Alors oui, on regrette que cette violence — répondant à celle illégitime du pouvoir — s’exprime le plus souvent et paradoxalement contre celles et ceux qui, dans les quartiers de relégation, subissent déjà la violence étatique et patronale. Brûler des voitures, des écoles ou des bus nuit à la légitimité de cette révolte spontanée dont le sens est pourtant confusément compris par la population.

Et en même temps il nous faut rappeler la réponse de l’État lorsque ces jeunes et leurs familles choisissent d’autres voies, comme celles des plaintes contre la police qui ne conduisent qu’exceptionnellement à des condamnations (rappelons-nous la démarche de l’association Bouge qui bouge à Dammarie-les-Lys [1]) ou comme celles, basées sur la démarche collective solidaire, de la marche des beurs des années 1980 cassée volontairement par le pouvoir socialiste de l’époque avec la récupération par SOS Racisme.

La révolte contre l’injustice, le sens d’une certaine solidarité de masse, et les éléments de réflexion politique d’une majorité de jeunes sont des valeurs que nous défendons. En cela nous sommes dans une compréhension solidaire de l’état de nécessité et des motivations de l’action directe qui animent actuellement les quartiers populaires.

Cette semaine d’émeutes exprime le désespoir de la frange la plus marginalisée d’une génération en manque de perspectives.

Elle est pourtant à mettre en lien avec la stratégie de la tension du gouvernement et l’actuelle répression des mouvements sociaux (transports, Poste, mouvement des lycéen-nes, faucheurs d’OGM...). Ces luttes témoignent de la même insécurité sociale.

Nous n’irons pas réclamer un retour à la « police de proximité » ou la construction de gymnases pour que la jeunesse se défoule en silence. Croit-on sérieusement résoudre ainsi la détresse sociale due à la violence politique et sociale du pouvoir ?

Nous n’irons pas même réclamer la démission du ministre de l’Intérieur, évoquée par une partie de la gauche. Cette question est subalterne, misérablement politicienne, et scandaleuse quand on se souvient que la gauche plurielle a elle-même institué les politiques sécuritaires et ne dévie pas encore aujourd’hui du modèle libéral-sécuritaire dominant [2].

Sans redistribution du travail et des richesses, et si la régression sociale, les inégalités, le racisme et l’exclusion continuent de perdurer, de tels accès de rage sont appelés à se reproduire.

Aucune « prévention », aucune récupération religieuse, aucune répression n’y pourra rien. Seules la justice et l’égalité économique et sociale constituent une réponse.

Secrétariat fédéral d’AL, 5 novembre 2005.

[1Alternative libertaire, septembre 2002 : « Dammarie-les-Lys, Cité en deuil, cité en résistance »

[2Séance du 16 juillet 2002 à l’Assemblée nationale, adresse du député Julien Dray au ministre de l’Intérieur, qui présente alors un arsenal de lois répressives : « La société [...] ne peut trouver d’autre solution que la répression [...]. Pour le bien-être de notre pays, je ne peux que souhaiter votre succès. [...] Votre texte présente une certaine continuité avec le plan stratégique préparé par le précédent gouvernement. »

 
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