Université : Pas de contrat, pas de paye, pas de paix !

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Depuis octobre 2014, les enseignantes et enseignants vacataires de Lyon 2 s’organisent pour obtenir des contrats de travail, et les payes qui vont avec ! Leur lutte donne un aperçu de l’ampleur de la précarité dans l’enseignement supérieur.

Mercredi 15 octobre, une quarantaine de vacataires (enseignants chargé-e-s des travaux dirigés) investissent l’escalier de leur DRH, exigeant d’être reçu par Jean François Goux, un des vice-présidents de l’Université Lyon 2. Une exigence d’ouverture de postes ? Une procédure de licenciement ? Une demande de revalorisation des salaires ? Rien de tout cela. En réalité, ce matin là, les vacataires de Lyon 2 ont outrepassé les bornes du raisonnable. Faisant la sourde oreille quant aux difficultés budgétaires de l’établissement, ces enseignants et enseignantes qui assurent les cours depuis plus d’un mois osent effrontément demander à leur employeur la signature de contrats de travail afin d’être toutes et tous payé-e-s !

Se battre… pour un contrat de travail !

Comme de nombreuses autres universités, Lyon 2 emploie un important contingent de travailleur et travailleuses vacataires. Nous assurons des tâches d’enseignement mais sommes aussi présent-e-s dans les services administratifs. Si les titulaires assurent les cours magistraux (CM), les vacataires assurent quant à eux entre 20 et 80% des travaux dirigés (TD) dispensés dans les facultés. Nous avons des statuts différents (doctorant-e-s, étudiant-e-s en Master, auto-entrepreneur, professionnel dans le secteur de la matière enseignée), ce qui rend l’organisation et la transmission d’information plus compliquées. Toutefois, notre point commun est d’avoir travaillé durant tout un semestre sans contrat de travail et donc sans paye. Pour la plupart, notre statut d’étudiant-e-s nous contraint même à payer des frais d’inscription à l’Université, notre « employeur » !

Au mois d’octobre 2014, un petit groupe d’enseignant-e-s vacataires, décide d’organiser une première assemblée générale. Une quarantaine de personnes répondent présentes. Ils et elles enseignent en sciences politiques, en art du spectacle et en anthropologie. La très grande majorité n’a jamais fait partie d’aucune lutte, une minorité est syndiquée mais la colère est bien présente.

Le problème ne date pas de cette année. Certains et certaines n’ont même pas été payé-e-s pour des heures effectuées l’année 2013-2014. Nos TD sont surchargés : plus de 40 étudiant-e-s par cours ! Une première plate forme de revendications est rédigée. Au cœur de nos exigences : le remboursement des frais d’inscription, la limitation du nombre d’étudiant-e-s par TD, la signature d’un contrat de travail et la mensualisation des payes. Rien de révolutionnaire et pourtant il faudra plus d’un semestre de lutte pour que la direction de Lyon 2 accepte d’ouvrir une discussion sur ces questions ! Ce fameux matin d’octobre, les vacataires posent leurs revendications à la DRH de Lyon 2. Mr Goux tente de minimiser le problème. Des promesses sont formulées : tous les contrats seront signés fin octobre. Il donne sa parole. L’avenir nous démontrera qu’elle est sans aucune valeur. Il écarte la possibilité de remboursement de nos frais d’inscriptions, tout comme celle de la limitation du nombre d’étudiant à 30 par TD. Pour la mensualisation, il nous demande de lui trouver nous-même des solutions ! Il ironise sur la menace de grève. Lui, nous dit-il, ne travaillerait pas sans contrat. Nous lui laissons deux semaines pour nous apporter une réponse et régulariser la situation. Il ne daigne pas nous faire l’honneur de sa présence lors du rendez-vous suivant.

Du coté des vacataires, on s’organise : assemblées générales, blog, liste mail, diffusion de tracts et affichage massif. La convergence avec les étudiant-e-s est une réussite : la très grande majorité nous soutiennent et viennent grossir nos rangs lors de nos actions.

Le mois de décembre est celui des examens. Nous sommes réquisitionné-e-s pour surveiller ces heures. Elles ne nous seront pas payées. Il paraît qu’il s’agit des « taches annexes » comprises dans le service et mentionnées dans le contrat de travail. Il a beau jeu Mr Goux de nous mentionner ce qui est dans le contrat. De toute façon, le contrat, on l’attend toujours. Pour la plupart, nous assurons aussi la correction de ces examens, action pour laquelle nous ne recevons aucune rémunération.

Nouvelle visite au DRH. Le ton monte, Mr Goux tente de nous faire avaler qu’il est « dans la même barque que nous ». Il refuse de reconnaître que cette situation est due aux politiques budgétaires de l’équipe présidentielle et que la précarité à l’Université est accentuée par la LRU (loi sur l’autonomie des université de 2008-2009). Il affirme qu’il s’agit simplement d’un problème lié aux facultés, « aux composantes ». En clair, Mr Goux rejette la faute sur les titulaires, les services administratifs et… sur les vacataires qui trainent à remplir leur dossiers ! Devant tant de mépris et l’absence de prise en compte de notre situation, notre réponse tombe : nous refusons de communiquer les notes du premier semestre tant que la direction n’a pas apporté une réponse satisfaisante à nos revendications.

Seule réponse possible : la grève

Le mois de janvier est là, et avec lui le second semestre arrive, le turn-over des vacataires s’opère. Nous enseignons depuis maintenant cinq mois sans contrats de travail, ni payes. La presse a vent de l’affaire. La presse locale, Rue89 et Libération nous contactent. A la suite de l’article de Rue89, la direction de Lyon 2 cherche à diviser le mouvement en s’en prenant aux services administratifs qu’elle accuse d’inefficacité. Jean-Luc Mayaud, président de Lyon 2, connu pour sa gouvernance autoritaire et son aptitude à réprimer les luttes, déclare que notre mouvement n’est que l’affaire « de trois gauchistes excités ».

Lors d’une grande réunion d’information des titulaires de sciences politiques sur la situation de l’université, nous annonçons le début de la grève des cours et la rétention des notes jusqu’à la signature du contrat et la mise en paiement. Le résultat est impressionnant : le département de sciences politiques compte plus de 95 % de vacataires grévistes, 80% en anthropologie ! Moins massive en sociologie ou en art du spectacle du fait du faible nombre de vacataires, elle est néanmoins présente. Dans d’autres facultés, la rétention des notes s’organise également.

Les rendez-vous devant la DRH prennent alors une autre forme. Accompagné-e-s des éudiant-e-s, nous sommes 200 à venir remettre à la direction une lettre par laquelle nous lui signifions la reconduction de la grève et de la rétention des notes tant que nous n’obtenons pas satisfaction. Nous leur donnons une semaine pour nous répondre. En parallèle, nous organisons des tournées de services. La colère est palpable : services informatiques, services techniques, personnels d’entretien, tous nous font part de leurs conditions de travail difficiles et de la précarité de leur situation : aucun vacataire n’a été payé pour les heures du premier semestre. Paniquée, la présidence presse les services administratifs pour régler la question des contrats des vacataires en trois jours. Pour pallier à sa propre incompétence, la présidence se décharge de ses responsabilités sur des services déjà surchargés. Lorsque les premiers contrats arrivent, elle s’empresse de crier sur tous les toits à l’ensemble de l’université que la situation est réglée. Si des contrats commencent effectivement à tomber, nous n’avons aucune réponse satisfaisante sur le reste de nos revendications. Par le mépris de classe qui la caractérise, l’équipe présidentielle tente d’expliquer l’impossibilité de nous exonérer de frais d’inscription : l’université compte 35 % d’étudiant-e-s boursiers et ce sacrifice économique l’empêche de nous dispenser des 600 euros d’inscription annuel ! Salauds de pauvres !

La lutte continue et se propage, en signe de solidarité, plusieurs facultés ont décidé de bloquer et de reporter les jurys : l’université Lyon 2 ne valide plus les semestres.

La dernière rencontre avec le DRH est éclaboussée par un scandale financier qui ne fait que nous renforcer. Alors que l’on chante les nécessités de la rigueur aux enseignants et enseignantes vacataires et qu’on externalise le personnel d’entretien à Lyon 2, comment comprendre le fait que le président de Lyon 2 s’attribue illégalement une prime d’excellence de 6 700 euros ? Le dialogue est impossible : nous exigeons d’être payé-e-s, la direction nous propose un acompte de 80 % pour des heures déjà effectuées !

A ce jour, une majorité d’entre nous dispose du fameux contrat de travail. La paye nous est promise prochainement… Un refus nous a été signifié quand à nos demandes de baisse d’effectif par TD, d’ouverture de postes statutaires et du remboursement de nos frais d’inscription.

Pour assurer la convergence des luttes, deux AG interprofessionnelles seront organisées mercredi 25 et jeudi 26 février. Les liens avec d’autres universités en lutte se tissent. Une lettre a été adressée aux titulaires pour qu’ils s’impliquent à nos côtés dans la lutte. La grève a été reconduite jusqu’au 28 février. Nous maintenons nos revendications et attendons également des engagements pour la rentrée. Nous restons vigilant-e-s sur les payes et sur l’éventuelle répression de ceux et celles que l’université Lyon 2 identifie comme leaders et leadeuses des luttes sociales.

Vacataires de Lyon 2, nous sommes en grève depuis plus d’un mois pour ce que tout travailleur et travailleuse est en droit d’exiger a minima. La lutte continue et la construction d’un réseau soudé de précaires est une petite victoire en soi. Au mépris de classe et à la précarité nous répondons par l’offensive. Pas de contrat, pas de paye, pas de paix.

Collectif AL Grenoble et B. (Sud Éducation Grenoble)

 
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