Universités : LRU, la mauvaise suite

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La ministre socialiste a préparé une nouvelle loi pour réformer l’Enseignement supérieur et la Recherche, dans une parfaite continuité avec les politiques menées par ses prédécesseur-e-s. Face à cette attaque, la lutte ne fait que commencer.

En janvier 2013, le gouvernement socialiste a présenté très fièrement son nouveau projet de loi pour l’Enseignement supérieur et la recherche. Le projet Fioraso (du nom de la ministre) prétend réformer en profondeur les universités et établissements de recherche. En quoi ? Dans le fond, en rien. Alors que plus de la moitié des universités est en déficit structurel, que la précarité règne chez les étudiants et les étudiantes et les personnels et que la mission d’émancipation de l’université est moins que jamais une préoccupation, il ne fait que poursuivre avec grand enthousiasme les réformes libérales à l’œuvre depuis des années. Sous une forme plus cosmétique et conciliante, la concurrence des universités entre elles est plus que jamais d’actualité. L’« autonomie budgétaire », c’est-à-dire la gestion de la pénurie de moyens par les établissements eux-mêmes, mise en place par la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) en 2007, est conservée.

Lutte balbutiante

Bien plus, ce projet aggrave la tendance. Le savoir est conçu comme une marchandise, l’Enseignement supérieur et la Recherche comme un marché concurrentiel où les entreprises sont les bienvenues. Les universités doivent produire de gentils travailleurs et travailleuses flexibles et sans réflexion, doté-e-s de « compétences » définies selon les catégories de pensée des directeurs de ressources humaines. Il est dit clairement que la mission de la recherche publique est de se tourner vers l’économie. Le lien entre les universités et les classes préparatoires aux grandes écoles est renforcé, de sorte que la reproduction des élites se fait à présent non seulement au détriment mais sur le dos des premières. Le dé-tricotage du cadrage national des diplômes, qui permettrait à leurs détenteurs d’avoir les mêmes droits sur le marché du travail, se poursuit. Les diplômes devraient à présent être définis régionalement, avec à la clé des suppressions de filières. Cerise sur le gâteau, le projet Fioraso impose le regroupement d’universités par régions, dans le but de faire des économies d’échelle et de concentrer les pouvoirs.

Du côté des étudiantes et des étudiants et des personnels, la colère monte. Les personnels précaires sont partis les premiers, s’organisant en collectifs dans plusieurs villes [1] . À la mi-février, une mobilisation plus large s’est amorcée. Le 18 février des personnels et étudiants et étudiantes, réunis en assemblée générale nationale, ont exigé l’abandon pur et simple du projet de loi, l’abrogation de la LRU et du Pacte pour la Recherche de 2005. Plusieurs AG prometteuses ont eu lieu un peu partout en France. Le 21 mars une manifestation parisienne s’est achevée par une occupation de Sciences Po, aux cris de : « À bas les grandes écoles ! À bas les facs poubelles ! À bas les facs concurrentielles ! ». Au même moment l’Institut d’études politiques de Bordeaux était également occupé. Le projet de loi doit être présenté en avril à l’Assemblée nationale. Affaire à suivre.

Claire (militante à Solidaires Étudiant-e-s, syndicats de luttes)

[11. voir « La mobilisation naissante des précaires » dans AL n° 224 de janvier 2013.

 
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