Venezuela : La chavezolâtrie a des limites

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Le « Commandant suprême de la révolution bolivarienne » est mort et, de par le monde, ses aficionados s’arrachent les cheveux. Cependant, la haine que lui portait la droite conservatrice justifie-t-elle qu’on en fasse le phare du socialisme du XXIe siècle ? La réponse est largement contenue dans l’après-Chávez.

« Il n’est pas de sauveur suprême/Ni dieu, ni césar, ni tribun. » Certains devraient se remémorer ces vers de L’Internationale ! Dans son discours du 6 mars, Jean-Luc Mélenchon s’enflammait : « Ce qu’est Chávez ne meurt jamais. C’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution […], une source d’inspiration. […] Chávez vivant était dangereux ; mais Chávez mort est invincible. » Il rejoint désormais la légende, « à l’instar de Che Guevara » [1].

Bigre ! Seul le groupe trotskiste La Riposte (agissant au sein du PCF) s’est montré plus acritique, en pleurant la « mort d’un révolutionnaire », « dirigeant » et « défenseur » de la classe ouvrière « dans la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme. » [2]

Dans le reste de la gauche de la gauche, on s’est globalement montré beaucoup plus nuancé, quitte à se faire insulter par les chavezolâtres les plus dévots. Alain Krivine, du NPA, s’est ainsi fait huer lors du rassemblement-hommage devant la statue de Simón Bolívar, à Paris, parce qu’il avait osé émettre quelques réserves sur le contenu « socialiste » de la révolution bolivarienne.

Un nationalisme de gauche

Pour sa part, AL – au risque de récolter sa part d’insultes – a rappelé ce qu’était le chavisme : fondamentalement, un nationalisme de gauche [3], mené par un caudillo dans la tradition latino-américaine : un chef charismatique adulé par les masses [4].

Dire cette simple vérité n’implique pas que le bilan social du régime soit négligeable. Mais, simplement, qu’en quatorze ans de pouvoir, il n’a pas fait avancer le pays dans la voie du socialisme. Pas de socialisation des moyens de production et de distribution ; pas d’expropriation des capitalistes, mais émergence d’une fraction capitaliste procháviste – surnommée la « bolibourgeoisie » ou même la « boligarchie » par les anarchistes vénézuéliens.

Ce qui saute aux yeux surtout, c’est l’absence de diversification économique, ce qui, même d’un point de vue nationaliste de gauche, relatif à l’indépendance nationale, est un échec. L’économie vénézuélienne n’est toujours pas dotée d’un appareil productif, et reste cantonnée à une mono-industrie pétrolière qui assure 85% des recettes d’exportation, et 43% des rentrées de l’Etat. L’extraction elle-même se fait en partenariat avec des multinationales telles que Total (France), British Petroleum (Grande-Bretagne), Chevron (États-Unis) et Statoil (Norvège). Que reste-t-il, après cela, des grandes tirades « anti-impérialistes » ou sur le « socialisme du XXIe siècle » ?

Pour les anarchistes d’El Libertario, qui se battent avec constance depuis 1995, le régime aura du mal à conserver son unité après la mort de son caudillo. C’est l’occasion pour des secteurs entiers du mouvement social de s’émanciper des « bérets rouges », de « déborder ces états-majors pourris et de construire, par en bas, une vraie démocratie, avec égalité, justice sociale et liberté » [5].

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

[1Rue89, le 6 mars 2013

[2La Riposte, le 6 mars 2013.

[3« Les deux visages du chávisme », AL n°158 de janvier 2007.

[4« Chávez, du putschiste au caudillo », AL n°214 de février 2012.

[5El Libertario, « Ni deuil, ni célébration ! L’heure de l’autonomie des luttes sociales est arrivée ! », le 6 mars, sur Polemicacubana.fr

 
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