Verbatim : Sarkozy : « Je crois dans la force créatrice du capitalisme »

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Souvenez-vous de Fernand Naudin, dans Les Tontons Flingueurs : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». La crise financière donne lieu à des retournements de veste stupéfiants. Bref florilège.

À tout seigneur tout honneur. Sarkozy se la jouant gauchiste dénonçant les turpitudes du capitalisme, il y a de quoi s’esclaffer. « Je suis pour le libéralisme, pour la concurrence, pour la mondialisation » déclarait-il au New York Times le 24/9, quoique « l’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle » (discours au Zénith de Toulon le 25/9). Mais tout de même : « Je crois à la concurrence, je crois aux marchés » (conférence de presse du 23/6). En résumé : je suis un ultralibéral, mais comme tout ce que j’ai toujours défendu nous pète à la gueule, je suis prêt à me contredire pour ne pas trop passer pour un crétin. Allez, deux dernières pour la route : « Je crois dans la force créatrice du capitalisme » (Besançon, le 13/3/2007). Créatrice de banqueroutes ? En tout cas, pas créatrice de richesses. « Je crois dans l’éthique du capitalisme » (Besançon, le 13/3/2007). C’est vrai que là, on la sent bien l’éthique, en ce moment...

Dans la famille des acrobates qui tentent d’expliquer qu’ils sont pour le capitalisme mais en fait contre, Fillon ne fait pas mal. « Ce n’est pas la crise du capitalisme en tant que telle, c’est la crise d’un capitalisme dévoyé par des pratiques qui n’auraient jamais dû exister. C’est la crise d’un capitalisme non régulé ou mal régulé qui s’est affranchi de ses obligations éthiques et économiques » (discours à l’Assemblée nationale, le 8/10). Le capitalisme sans la spéculation, ça n’existe pas. Le pari sur ce qu’un capital investi peut ou pas rapporter, c’est l’essence même du capitalisme. Bref, Fillon, comme Sarko, cherche à nous faire croire à une chimère : le capitalisme « éthique », « moral » ou « à visage humain », qui existe autant que l’extra-terrestre de Roswell, le Yéti, le Dahu ou Dieu !

Passons maintenant à la voyante en chef, Christine Lagarde, ministre de l’Économie : « Le gros risque systémique qui était craint par les places financières et qui les a amenées à beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous » (conférence de presse du 20/9). Ça c’est sûr, entre le 20 septembre et la mi-octobre, tout s’est arrangé, c’est bien connu. D’ailleurs, dix jours plus tard, la Mme Irma de Bercy a dû reconnaître à propos de Dexia : « Il y avait un risque que l’établissement ne passe pas la journée, ce qui aurait constitué un risque systémique pour la stabilité du système financier ». Hop, le risque systématique qui était « derrière nous » nous a doublé en loucedé !

Passons au Fonds monétaire international, qui abrite un autre grand penseur, Dominique Strauss-Kahn. Dans son « Rapport sur la stabilité financière du monde », le FMI invite texto à utiliser le « secteur public » pour « éviter de brader des actifs sinistrés », bref, à faire payer au prix fort les actifs pourris des banques par le contribuable, pour sauver les actionnaires. Remarquez bien que le FMI n’invente pas grand-chose. C’est exactement la première mouture du plan Paulson de « sauvetage » du secteur financier américain. Et sinon ? Sinon DSK n’a rien d’autre à recommander que le « renforcement des institutions financières » (le 11/10), c’est-à-dire... du FMI, qui a déjà su si brillamment conduire la sphère financière dans la situation actuelle avec ses recommandations foireuses et son obsession ultralibérale.

Il faut dire que les petits camarades de Strauss-Kahn au PS ne font pas mieux. « Les mesures proposées sont nécessaires mais elles doivent s’accompagner de garanties économiques et éthiques. Ainsi, dans chaque conseil d’administration des banques, la présence d’un représentant de l’État est une condition obligatoire pour vérifier et garantir l’utilisation des financements. » (communiqué du 13/10). Le PS n’a donc à proposer que des vieilles lunes étatistes ou l’espérance irrationnelle dans le sérieux, la compétence et l’honnêteté de « représentants de l’État ». Il n’y a vraiment qu’un socialiste pour croire encore que les technocrates peuvent être un recours !

Nous pourrions continuer sur des pages. Hélas ce florilège doit se limiter à la France. Le « bal des bouffons » américain mériterait à lui seul un numéro spécial d’Alternative libertaire !

L. S., le 15-10-2008

 
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