Violences : Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme

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Dans la vie des femmes, les violences sont ordinaires. Elles sont banales puisqu’elles arrivent à toutes les femmes quel que soit l’endroit où elles vivent, leurs couleurs de peau, leurs identités sexuelles, la classe sociale à laquelle elles appartiennent.

Elles se produisent tous les jours, à toutes les heures, dans tous les lieux et dans toutes les sphères de leurs vies. En famille, au travail, entre ami-e-s, dans la rue, ces violences envers les femmes sont commises à différentes intensités, mais quoi qu’il arrive elle se produisent. Pierres angulaires du patriarcat, elles semblent «  normales  ». C’est cette banalisation de faits profondément discriminants, injustes et dégradant qu’il faut combattre en mettant en lumière ce qui se passe systématiquement dans la vie des femmes. Pour se faire, voici quelques exemple de ce qui peut se produire en une semaine. Ils sont tous authentiques. Il s’agit d’un partage d’expérience vécue. Rien ne s’est produit de «  particulier  » cette semaine, je n’ai pas vécu d’agressions physique. Mais ça m’est déjà arrivé, à plusieurs reprises. Et c’est arrivé à toutes mes amies. Cette semaine, c’était une semaine normale.

Lundi, 21h55 : Je sors de la piscine municipale. Dans le hall, un homme qui y travaille dit à son collègue en m’examinant de haut en bas : «  c’est toujours agréable de regarder les jolies filles  ». À force, on se sent objet et niées dans sa qualité d’être pensant et agissant. Ça met en colère.

Mardi, 18h50 : J’accompagne les internes du collège où je travaille au self. Je me rends compte que j’ai oublié de ramener des plateaux qui traînaient. Je m’en excuse auprès du chef cuisinier que je rencontre pour la deuxième fois. «  Je vais devoir vous donner la fessée  » me répond-t-il en riant, au milieu du self et des élèves. Allusion déplacée à une pratique sexuelle ou infantilisation malsaine, ce genre de réflexion est infériorisant. Ça met en colère.

Mercredi, 11h30 : Un nouveau collègue affirme au bureau «  je ne suis pas macho, enfin, je suis féministe pour la globalité des femmes, mais macho pour la mienne, c’est comme une poupée  ». Infantilisation, objectivisation et même revendication de l’infériorisation des femmes. Vraiment, à force, ça met en colère.

Jeudi, 00h40 : J’entends des voix masculines et avinées sous mes fenêtres qui chantent à tue-tête «  pose ta bite sur mon épaule, viole ta mère, t’auras un frère  ». Blagues de soirée qui contribuent à la culture du viol. Ça met en colère.

Vendredi, 15h30 : En cours, le prof nous présente «  UNE chercheur...  ». Les chercheuses ça existe aussi. À force l’invisibilisation des femmes, ça met en colère.

À force, ce genre de petites réflexions paraissant anodines, voire rigolotes, distille une culture sexiste qui habitue les femmes à ce sentir objet, inférieures et insignifiantes. Par ces «  petites » humiliations ordinaires, elles apprennent à se percevoir comme subalternes et à museler leur colère. Or, cette dévalorisation est un des rouages du système patriarcal qui prépare les femmes à craindre et subir des agressions et humiliations encore plus violentes. C’est pourquoi notre colère est légitime et doit se transformer en carburant de la lutte contre le patriarcat !


  • Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme est un roman de 1927 de Stefan Zweig, qui raconte une journée dans la vie de deux femmes. L’une d’entre elles est au cœur d’un scandale parce qu’elle a quitté son mari pour un autre. La deuxième dévoile ses sentiments pour un homme plus jeune. Elles sont toutes les deux accablées par une société réprouvant leurs désirs, actes et comportements et qui s’affranchit d’un tel jugement envers les hommes. Ce système social, c’est le patriarcat.
 
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