À Contre-Courant : Alerte rouge

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


L’année 2005 s’inscrira sans doute dans la déjà longue liste de celles qui confirment la tendance au réchauffement climatique. Cyclones, sécheresses, fonte des glaciers, sont autant d’indices de la gravité de la situation.

Ce qui frappe cependant plus encore que la multiplication de ces indices de l’effet de serre, qui sautent pourtant littéralement aux yeux, c’est une forme d’aveuglement politique à leur égard. Ni les pouvoirs publics, ni les responsables à tout niveau, ni le gros de la population ne prend encore ni ne veut prendre la mesure des processus en cours et des transformations qu’ils devraient impliquer. On pourrait multiplier les exemples montrant que décideurs et idéologues restent fondamentalement soumis et résignés.

Le gouvernement privatise les sociétés autoroutières quand les profits qu’elles génèrent pourraient servir au financement d’infrastructures de substitutions. On entend des économistes se réjouir de la hausse du pétrole parce que… cela permettra de mettre en exploitation de nouveaux gisements rendus rentables.

Quelques journalistes (du Monde Diplo) semblent vouloir résister et soulignent avec force « L’urgence écologique » pour demander « l’arrêt de la course à l’autodestruction de la Terre ». Mais c’est pour mieux vendre l’agenda 2006 du mensuel qui est consacré à ce thème !

Dans certains journaux locaux (Dernières Nouvelles d’Alsace) le ton est encore plus alarmiste et l’embrouille plus énorme : la catastrophe écologique annoncée se confond avec celle des retraites qu’on ne pourra plus payer !!! Et quand on voit les prédictions mystico-apocalyptiques et essentiellement culpabilisantes de la plupart des groupes écologiques qui s’interdisent de désigner les vraies causes et les vrais coupables de la situation ; ou quand on voit les tergiversations électoralo-libérales des Verts, on se dit que, décidément, l’écologie est un sujet trop sérieux pour être laissée aux seuls écologistes.

Concédons que l’aveuglement est compréhensible de la part de tous ceux dont l’horizon s’arrête au capitalisme, tenu par eux pour indépassable ; voire seulement à l’horizon de telle fraction du capital (le capital agricole et agro-alimentaire, le capital pétrolier, le capital des industries de transport, etc.). Mais que penser de ceux qui prétendent situer leur horizon au-delà du capitalisme et qui, pourtant, ne placent pas les problèmes écologiques au rang de priorités politiques et théoriques ?

Il est plus que temps pour tous ceux qui veulent réellement dépasser le capitalisme de comprendre que la crise écologique dans laquelle nous a engagé ce dernier – et que sa dynamique insensée de reproduction ne peut qu’aggraver – n’est pas un problème politique secondaire, qu’elle constitue au contraire à la fois une urgence vitale et un levier de transformation ; et que, faute de s’en saisir, le mouvement révolutionnaire non seulement se situera en deçà de ses tâches mais se rendra, involontairement, complice de ce qui risque bien d’aboutir à une régression historique de grande ampleur des conditions générales de vie de l’humanité dans son ensemble.

 
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