Allemagne : Malaise dans la représentation

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Pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne, les élections générales du 18 septembre n’ont débouché sur aucune majorité nette à droite comme à « gauche ». Ces résultats sonnent comme une sanction au faux choix (libéralisme contre libéralisme) proposé par les sociaux-démocrates et les chrétiens-démocrates.

Une grande partie de la population allemande a voté. En effet, le taux d’abstention ne s’élève qu’à 23 %. La bourgeoisie ainsi que tous les partis établis aussi bien que les médias sont déçus par les résultats des élections générales du 15 septembre.

Le verdict des électeurs et des électrices est aussi déstabilisant que les non français et néerlandais pour les classes dirigeantes allemandes. Jusqu’au début du mois de septembre, tout le monde s’attendait, sondage à l’appui, à une grande victoire pour la droite chrétienne. À présent, cette droite avec sa dirigeante, Angela Merkel, cherche des partenaires pour gouverner. Il y aura certainement un gouvernement avec le Parti social-démocrate et les Verts qui sont prêts à tout compromis pour rester au gouvernement (à l’heure où nous bouclons cette édition les tractations sont toujours en cours entre les quatre partis de gouvernement).

Notons par ailleurs que l’extrême droite, qui avait fait une percée dans deux Länder (régions) l’an dernier, reste fort heureusement sous la barre des 5 % et ne peut donc faire son entrée au parlement fédéral.

Le Parti de la gauche, coalition qui regroupe le Parti de la démocratie et du socialisme (PDS, ex-SED, c’est-à-dire le Parti communiste de feu la République démocratique allemande) et l’Alternative électorale pour la justice sociale (WASG qui rassemble des milliers d’ancien(ne)s militant(e)s du SPD, parmi lesquels l’ancien n° 1 du parti, Oskar Lafontaine, et des syndicalistes hostiles à la politique de la coalition rouge-verte) s’est taillé un véritable succès avec plus de 8,6 % des voix et devient la quatrième force politique d’Allemagne.

Beaucoup de travailleurs et des chômeurs, ont donné leur voix à ce parti pour exprimer leur opposition à toute la classe politique dirigeante – aux sociaux-démocrates, aussi bien qu’aux chrétiens-démocrates. Il y a beaucoup d’attentes vis-a-vis du Parti de la gauche. Le point fort de leur activité au Bundestag (parlement allemand) devrait être la lutte pour un salaire minimum (qui n’existe pas en Allemagne) et aussi le refus de la contre-réforme libérale et antisociale de Schroeder.

Les mouvements sociaux à l’initiative

Mais le mouvement social est aussi curieux sur l’attitude de ce nouveau parti vis-à-vis de la rue. Car beaucoup dépend de la mobilisation de la rue, des travailleurs/ses et des chômeurs/ses. S’il n’y a pas un grand mouvement des travailleurs/ses et du peuple, il n’y aura pas une possibilité d’obtenir certains droits sociaux. C’est pourquoi, le mouvement social prépare ses assises pour le début novembre et la gauche syndicale pour le 1er octobre. Car, tous les deux veulent réfléchir à de nouvelles mobilisations en faveur d’un revenu minimum et d’un salaire minimum.

« Chacun(e) peut être aujourd’hui très vite au chômage », c’est le slogan retenu pour la préparation de cette campagne et qui insiste sur le fait qu’il n’y a plus aucune garantie pour un emploi stable et sûr, même pas dans un grand trust comme Siemens. Cette entreprise vient d’annoncer le licenciement de 10 000 travailleuses et travailleurs globalement.

Donc, la précarisation menace des couches salariées assez bien installées, celles qui avaient bâti leur confiance dans la cogestion à l’allemande.

Il est donc urgent d’organiser la résistance et d’avancer aussi avec des revendications pour un revenu minimum de 1 400 euros. Le nouveau Parti de la gauche a promis de soutenir cette revendication. Nous verrons ce qu’il en sera dans les faits. La bourgeoisie en Europe veut un gouvernement fort pour poursuivre les contre-réformes libérales et antisociales. Le mouvement social doit préparer sa perspective pour les mois à venir. Mais en tout cas, les élections sont vécues comme un petit succès, non seulement par les partisans du Parti de la gauche, mais aussi par tout ceux qui n’ont pas voté ou ont voté par défaut. Le message envoyé aux partis institutionnels et libéraux est tout aussi cinglant que le « non » au référendum sur la constitution européenne. Et il sonne comme un véritable désaveu.

Willi Hajek, Berlin, le 20-09-05

 
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