Altermondialisme : Tous à Rostock !

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Le prochain contre-sommet du G8 sera probablement plus important que les deux éditions précédentes. Les opposant-e-s aux dirigeant-e-s des plus grandes puissances du monde et à leur politique ultralibérale ont décidé de frapper un grand coup.

Depuis 1975, les plus grandes puissances capitalistes se réunissent régulièrement pour s’accorder sur la marche du monde. Cette année, le 33e sommet du Groupe des 8 (G8), regroupant les États-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, le Japon et la Russie, soit à peu près 65 % de l’économie mondiale, aura lieu début juin à Rostock (plus exactement à Heiligendamm, Allemagne), station balnéaire de la mer Baltique.

Cette nouvelle édition aura comme slogan hypocrite “ croissance et responsabilité dans l’économie mondiale ” et abordera des thèmes aussi variés que l’investissement, l’innovation et la “ durabilité ”, les problèmes de gouvernance, de paix et de sécurité en Afrique, la transparence des marchés financiers, la défense de la propriété intellectuelle (surtout celles des entreprises), les changements climatiques et l’efficacité énergétique. Mais que l’on se rassure : quelles que soient les décisions prises, au final “ les marchés ouverts et la compétition continueront de jouer un rôle pivot pour un ajustement stable [des inégalités mondiales] et une croissance durable ” [1]. De plus, on peut mettre fin à nos craintes lorsque l’on sait que “ l’économie mondiale est en bonne forme [et que] les développements économiques permettent, maintenant, de mieux résoudre le problème des inégalités ” Ainsi la croissance européenne va mieux car “ renforcée par des profits stables et un marché du travail amélioré [lire : flexibilisé] ” En bref, plus les choses changent, plus elles restent les mêmes… voire elles empirent ! Comme il est de coutume depuis Seattle en 1999, les “ sauveurs et sauveuses du monde ”, protégé-e-s par des forces de sécurité pléthoriques et surarmées, devront conduire leurs affaires derrière des palissades de fer afin d’éviter que les premier-e-s concerné-e-s par leurs décisions ne s’invitent à la fête.

Bastion néonazi

À la différence des éditions précédentes à Gleneagles (Ecosse) en 2005 et à Saint-Pétersbourg (Russie) en 2006, on attend une grosse mobilisation lors de ce contre-sommet, largement impulsée par plusieurs mouvements allemands mais où seront aussi présents des délégations polonaise, suédoise, danoise et dans une moindre mesure française, anglaise, irlandaise, suisse, italienne… Ce contre-sommet sera aussi clairement placé sous les couleurs de l’antifascisme : en effet, Rostock est un de ces bastions néonazis qui a récemment envoyé des députés d’extrême droite au parlement de la région.

Le programme du contre-sommet est chargé et varié. Des mobilisations de précaires et de chômeur-se-s sont prévues à Rostock et dans le reste de l’Europe, notamment en rapport avec l’actualité allemande marquée par la casse des indemnités chômage. La campagne “ Personne n’est illégal ” contre les politiques répressives à l’égard des migrant-e-s et pour la liberté de circulation devrait donner de la visibilité au combat antiraciste. Par ailleurs, de nombreuses actions de désobéissance civile sont prévues : l’un des objectifs annoncés est de bloquer le déroulement du sommet.

Les mouvements antimilitaristes seront sur le devant de la scène contre le projet d’implantation du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque (prévu pour 2012), mais aussi contre les guerres en Irak, en Afghanistan et contre la surenchère des États-Unis contre l’Iran. L’élargissement de bases de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à Vicenza et à Saragosse [2] et le projet de “ bombodrome ” sur le terrain de Frei Heide (qui fait un peu figure de nouveau Larzac allemand) près de Prenzlau en Allemagne sont également au cœur de la contestation des politiques militaristes et impérialistes. Rostock peut donc constituer un moyen de coordonner à l’échelle continentale des campagnes qui connaissent un net retentissement à l’échel national.

Ces contre-sommets restent un moment important du mouvement altermondialiste, ne serait ce qu’en donnant une visibilité, même temporaire, aux causes qu’il défend. Toutefois ce mouvement peine toujours à décrire avec plus de détails l’autre monde qu’il appelle de ses vœux. Enfin, même si cet événement sert de lieu de rencontres et permet d’élargir des réseaux de coopération, il ne constitue pas une fin en soi. C’est un moyen de renforcer tous ces mouvements qui, venus des quatre coins de l’Europe, convergeront pour lutter l’espace d’un instant, ensemble à Rostock.

Rémi (AL Montrouge) et Laurent (AL Paris Nord-Est)

[1Les citations sont tirées du brouillon des déclarations officielles du sommet qui a filtré en février : http://priceofoil.org

[2Voir “ Un carcan nommé Otan ”, Alternative libertaire n° 161, avril 2007.

 
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