Angleterre : Supporters, pas consommateurs

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Loin des préjugés que l’on peut rencontrer à propos du football, la violence, le racisme, ou bien les trafics mafieux, nombreux sont les clubs qui, à la base, ont été créés par des ouvriers qui ont vu dans le football un lien social et un terrain de lutte. En Angleterre, des supporters et des supportrices ont décidé de reprendre les choses en main.

Outre-Manche, le football et la classe ouvrière ont toujours tissé des liens très forts. On peut citer des équipes créées par les ouvriers eux-mêmes en toute autonomie, rassemblant les ouvriers des arsenaux royaux (Arsenal), d’une fabrique de confitures (Millwall) ou bien des usines d’acier du nord de Londres (West Ham). Mais les exemples ne manquent pas dans l’histoire ouvrière anglaise : l’équipe de Derby qui floque ses maillots en soutien aux travailleur et travailleuses de Bombardier menacé-e-s de licenciement en 2011 ou le joueur de Liverpool Robbie Fowler, arborant sur le terrain un maillot soutenant la grève des dockers de 1997. Le foot anglais a connu des années noires ponctuées par la violence et les tragédies dans une période où le système Thatcher écrasait les travailleurs. En réponse, les clubs ont augmenté le prix des places dans les stades et ont commencé à museler les supporters sans faire de distinction entre les hooligans et les simples spectateurs. Dans les années 1990, les clubs de foot anglais sont entrés en bourse, engendrant depuis de colossales levées de fonds sur les marchés financiers. C’est dans ce contexte que le club Manchester United est racheté en 2005 par la famille Glazer, magnats de l’agroalimentaire et du sport. Ce club, fortement attaché au terreau ouvrier créé par les cheminots de l’industrie du nord de l’Angleterre, voit des supporters, excédés par le rachat de leur club, partir et fonder leur propre équipe : le Football Club United of Manchester. Le principe en est intéressant car chaque supporter peut participer démocratiquement à la vie du club qui a les statuts d’une coopérative à but non lucratif. La politique du club est de garder le droit d’entrée au stade abordable, ainsi que d’encourager les locaux, sans aucunes discriminations, à ­participer sur le terrain et dans les ­tribunes.

Pour un foot rebelle

Le club participe à la vie du quartier où se trouve le stade, auprès des écoles et des animateurs sociaux et refuse toute commercialisation à outrance (un sponsoring a minima est tout de même concédé). Le FCUM a fait naître d’autres clubs dont le Affordable Football Club of Liverpool, sur les mêmes bases coopératives. Les tribunes de ces deux clubs voient scandés de nouveau des slogans que les supporters n’entendaient plus dans les stades des mastodontes : antifascisme, soutien aux travailleurs et travailleuses en lutte… Il est indéniable que ces constitutions d’équipes ne forment pas une démocratie révolutionnaire parfaite et restent assez limitées mais ils permettent de constater que le foot a tout de même des voix discordantes. Elles permettent de réfléchir sur le repositionnement d’un centre de gravité plus politique et de poser les jalons d’un football antifasciste, antipatriarcal et anticapitaliste. Pour un foot rebelle !

Martial (AL Saint-Denis)

 
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