Antifascisme : Sursaut grec après le meurtre de Pavlos Fyssas

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Le meurtre de Pavlos Fyssas, militant grec antifasciste, a rappelé la violence des méthodes du parti néo-nazi Aube dorée. Il a provoqué en Grèce un sursaut antifasciste, qui doit son caractère massif à son articulation avec les grèves en cours et le mouvement syndical.

Pavlos Fyssas, rappeur de 34 ans sous le nom de Killah P., et connu pour son engagement antifasciste, a été assassiné au couteau lors d’une descente d’une milice locale du parti néo-nazi Aube dorée, le 16 septembre dernier, dans la banlieue ouvrière de Keratsini, à l’ouest d’Athènes. Ce crime a d’abord été présenté dans les médias comme une simple « rixe » qui aurait dégénéré, ce qui n’est pas sans rappeler le traitement médiatique en France du meurtre de Clément Méric, permettant de renvoyer les « extrêmes » dos à dos.

Milices

Ce crime s’inscrit dans une longue série d’agressions d’Aube dorée (plusieurs de ses dix-huit députés sont d’ailleurs poursuivis pour violences) contre des militants ou militantes de la gauche radicale grecque et surtout d’agressions racistes, dont de nombreux meurtres de migrants et de migrantes souvent impunis. Jusqu’ici, ces violences bénéficiaient d’une passivité manifeste de la police grecque, largement gangrenée par les fascistes, et du gouvernement impopulaire d’Antonis Samaras, dirigeant du parti conservateur Nouvelle démocratie.

Destinées à créer un climat de terreur sociale, ces violences rappellent les méthodes des squadristi du mouvement fasciste italien et des Sturmabteilung du parti nazi, plus connus sous le nom de Sections d’assaut (SA) [1]. Dans le quotidien grec To Ethnos [2], un ancien membre d’Aube dorée révèle l’existence de bataillons d’assaut structurés avec des complicités dans la police. L’organisation sert donc clairement de bras armé ciblant principalement les immigré-e-s et les opposants et opposantes politiques d’extrême gauche [3]. En riposte, des actions concrètes de solidarité et de vigilance active se sont multipliées dans les quartiers populaires depuis plusieurs mois, à l’initiative principalement des mouvements anarchistes et antifascistes.

Antifascisme et lutte des classes

Ce crime survient dans un contexte de grèves massives contre la casse de la fonction publique, nouvelle étape de la « stratégie du choc » appliquée à la Grèce. Le soir même des grèves du 18 septembre, ce sont des milliers de grévistes qui ont ensuite convergé dans les manifestations antifascistes organisées dans tout le pays en hommage à Pavlos Fyssas. Ces dernières ont pour la plupart conduit à des affrontements, violemment réprimés, avec la police.

Signe d’une prise de conscience des forces syndicales, le 17 septembre, une vingtaine de syndicats grecs avaient lancé un appel à la mobilisation populaire contre Aube dorée, faisant le lien avec la lutte anticapitaliste. Ce nouveau crime a provoqué non seulement une onde de choc antifasciste en Grèce, mais aussi des rassemblements dans toute l’Europe. Ce que montre l’ampleur du sursaut antifasciste en Grèce, c’est la nécessité de structurer un mouvement antifasciste de masse, en articulant antifascisme et lutte des classes.

Gabriel L. (AL Paris Nord-Est)

[1Évoquées de manière éclairante par Daniel Guérin dans La Peste brune, éditions Spartacus, 1996

[2Un ancien membre d’Aube dorée temoigne sur www.courrierinternational.com

[3Le Livre noir d’Aube dorée, de Dimitris Psarras, journaliste grec, est actuellement en cours de traduction aux éditions Syllepse.

 
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