politique

Bondy (93) : une sainte alliance de culs-bénits au sein de la Manif pour tous

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Grâce au préfet de Seine-Saint-Denis, Philippe Galli, et aux forces de répression de Valls et Cazeneuve, la Manif pour tous a pu tenir son rassemblement le 24 juin. Il y a cependant des aspects positifs à la contre-manifestation mise sur pieds contre ces échappés du Moyen Age.

Les fachos de la Manif pour Tous (MPT) avaient fait de leur initiative du 24 juin à Bondy un enjeu au moins départemental. Leurs affiches avaient défiguré une bonne partie de la Seine-Saint-Denis, leurs cartes postales avaient pollué les boites aux lettres jusqu’à Pantin.

Au final, malgré ce déploiement de moyens et d’énergie, ce n’est qu’une centaine de fachos qui ont envahi la place de la gare à Bondy, cassant les oreilles des Bondynois et Bondynoises avec leur « musique » et surtout agressant notre intelligence avec leur discours délirant.

Si le prétexte officiel du rassemblement était l’opposition à la GPA (avec des propos farfelus du genre « non aux usines à bébés », ne correspondant à aucune réalité), le propos a très vite tourné à l’homophobie assumée – « non à la dictature de l’homoparentalité », « résistons au lobby homosexuel qui veut détruire la famille » et autres élucubrations du même acabit.

La GPA étant interdite en France et aucun projet de loi ne prévoyant de changer ça, il était d’ailleurs évident que la vraie motivation de l’extrême-droite était ailleurs : la GPA n’est qu’un prétexte à poursuivre leur travail de stigmatisation des homosexuel-le-s et de tous ceux et celles qui ne se conforment pas à leur vision réactionnaire et sclérosée de la famille. Autre objectif des fachos : combattre l’égalité hommes-femmes, avec la reprise en boucle de tous les mensonges sur L’ABC de l’Egalité.

Le public présent dévoilait aussi la stratégie derrière ce rassemblement, et la raison du choix de Bondy. C’était en effet l’alliance de tous les fous de dieu : les signes ostentatoires cathos, musulmans et juifs se côtoyaient allègrement, unis dans leur haine de la différence, de la liberté et de l’égalité.

Mais les antifascistes bondynois ont perturbé cette petite sauterie. Le Collectif Alternative libertaire Seine-Saint-Denis, Bondy autrement, la Ligue des droits de l’Homme, le MRAP et le Réseau éducation sans frontières appelaient à un contre-rassemblement unitaire. Nous étions une grosse trentaine, ce qui n’est pas si mal en quelques jours à peine et compte tenu de la réalité militante bondynoise. Des écolos locaux étaient également présents.

Mais nous avons surtout eu la grande surprise de voir aussi débarquer... le PS ! 6 militants en tout et pour tout, sur une ville dont la mairie est tenue par les soc’-dem’ depuis des lustres, c’est évidemment plus cosmétique qu’autre chose. Avec le PS, il y avait même... la maire de Bondy ! Il est vrai qu’après s’être pris une gamelle aux élections départementales, et en plein conflit avec les fonctionnaires territoriaux de la ville, Sylvine Thomassin a besoin de se refaire un vernis de gauche !

Grâce à l’appel à contre-rassemblement, la place de la gare était transformée dès le milieu d’après-midi en caserne de CRS ! Une quinzaine de vans, un bus vide pour embarquer les "gêneurs", une douzaine de flics en civil : c’est sous haute protection policière que l’extrême-droite s’est réunie. Car tout ce déploiement de forces de répression n’était pas destiné à mettre fin aux mensonges de la Manif pour Tous, mais à faire taire les antifascistes !

Photo AL 93

Le ton a très vite été donné par le grand schtroumpf des CRS : « eux (les fachos) ont déposé leur rassemblement, pas vous, donc vous la fermez ou vous dégagez » ; puis « si vous utilisez votre mégaphone, ça devient une manif non autorisée, on vous embarque tous » et pour finir : « Si vous n’êtes pas contents, écrivez au préfet, je serai convoqué mais j’ai l’habitude, je le suis tous les mois » (mais que fait l’IGPN ?!).

Une grosse ligne de CRS avec bombes lacrymogènes format extincteur et tonfas bien visibles nous ont repoussé à l’autre bout de la place, à une cinquantaine de mètres de la scène et de la grosse sono des fachos. Pourtant, notre position initiale, à 15-20 mètres et ne laissant qu’un tiers de la place aux fachos nous plaisait plus : elle était bien ensoleillée ! La maire de Bondy, piquée au vif par les critiques libertaires sur le choix d’un préfet du pouvoir "socialiste" de dire amen aux fachos et de repousser les antifascistes, a bien tenté tardivement de "négocier" avec l’excité qui commandait les CRS pour que nous puissions réavancer : nous avons pu alors admirer son autorité... puisqu’elle s’est fait envoyer bouler !

Au final, nous ne pouvons pas être satisfaits, puisque grâce au préfet de Seine-Saint-Denis, Philippe Galli, et aux forces de répression de Valls et Cazeneuve, la MPT a pu tenir son rassemblement. Il y a cependant quelques aspects positifs :
- avec des flics partout autour de la place, les fachos n’ont pas pu s’adresser comme ils l’espéraient à la population ; le contre-rassemblement a permis de bien pourrir leur image ;
- nous avons pu distribuer nos tracts unitaires et ainsi dénoncer les mensonges de la MPT. Car l’accroche sur la GPA attrape malheureusement des gens pas forcément fachos, mais opposés à la marchandisation du corps des femmes ;
- la MPT commençait à prendre un peu trop ses aises sur la ville, avec la présence de temps en temps le mercredi soir des Veilleurs devant la gare. Ils ont vu qu’il y a une opposition et qu’ils ne sont pas en terrain conquis.

Scapin (AL 93)

 
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