Chronique du travail aliéné : Éric, learning manager dans le customer development

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La chronique mensuelle de Marie-Louise Michel (psychologue du travail).

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J’ai de gros problèmes avec mon N+1. Déjà, j’étais sur la touche quand je suis revenu d’arrêt de travail pour mon infarctus… Rien n’était prévu pour moi, jamais de réponses à mes e-mails. Au bout d’un moment j’ai menacé d’aller aux prud’hommes, et ça s’est débloqué. J’ai enfin réussi à me vendre sur un projet : une fusion de trois sociétés, trois forces de ventes différentes. Je me suis placé pour faire les audits des trois, pour accoucher d’une « One Society » ! Il s’agissait de construire des modules de formation, des séminaires, on m’a dit « Banco, Éric ! », j’étais très heureux.

Mais voilà. Mon N+1 est plus jeune et moins bien payé que moi. J’ai trente ans de boîte. Il a un work level inférieur, avec une voiture de société plus petite. Il ne supporte pas. Tout à fait charmant au départ, en fait c’était un mythomane, tous les matins une histoire nouvelle ! Il ne me donne pas assez de marge de manœuvre, il prend des décisions et puis change d’avis. Il y a des jours où il est euphorique, d’autres il est sinistre. Parfois il arrive avec des croissants et il faut rigoler toute la journée, le lendemain il fait la gueule, on ne doit pas bouger…

Moi je télétravaille une partie du temps. Je prends les permanences chez moi, et il me soupçonne sans arrêt. À Paris, on est en open space, il surveille tout le monde. Un jour il m’envoie un e-mail : « Tu me prends pour un con avec ta réponse ! » J’ai hurlé : « Tu nous fais chier ! On en a ras le bol de faire le tri entre le vrai et le faux ! » Sur le coup je pars à l’infirmerie, je pleure toute la matinée… J’avais 12/19 de tension… Ensuite, je suis reçu par le N+2. Il me dit qu’il ne veut rien savoir, que je dois m’adapter. Et puis c’est lettre recommandée, avertissement… J’ai fait une lettre circonstanciée de harcèlement moral à la DRH…

Ce que je me demande, c’est pourquoi ils tiennent tant à ce sale type… C’est sûr, il est au courant de tout, mais alors de toutes les magouilles, au carrefour de toutes les informations, et quand je dis toutes, c’est même de tout ce qui avorte…

Le médecin du travail m’a envoyé voir une boîte d’outplacement pour voir ce que je pourrais devenir si je voulais partir… C’est là que le type m’a dit que ma boîte licenciait le tiers du personnel. Bon. J’avais bien lu ça dans les journaux, mais… Je pensais que nous, au siège, on n’était pas concernés… Et en fait, si. On va tous à l’Est... Le seul truc marrant, c’est que la DRH qui m’a mis l’avertissement est virée. C’est le type de l’outplacement qui me l’a dit. Même le médecin du travail. Mais elles partiront en dernier, elles doivent virer tout le monde avant !

Mais moi, je l’aime ma mission ! Je suis bien comme learning manager… Je veux rester faire du training dans le customer development

* Seul le prénom est modifié, le reste est authentique.

 
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