Classiques de la subversion : Yves Lacoste, « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre »

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La géographie a été marquée pendant plus d’un siècle par des débats épistémologiques qui permirent à la discipline d’évoluer vers une forme savante et rationnelle de savoir.

Yves Lacoste, militant du Parti communiste français, pose dans les années cinquante, une question fondamentale : à quoi sert la géographie ? Ou plutôt, qu’est-ce que la géographie ? Pour la plupart, elle est associée à la longue typologie des rivières et cours d’eau, apprise dans un ennui profond sur les bancs de l’école. Pour d’autres, c’est une jolie photo sur la couverture d’un magazine à la mode. La géographie ne servirait-elle donc à rien ? Seulement à connaître le monde qui nous entoure, un savoir des paysages, une matière d’école...

Un bon contre-exemple de cette conception est l’étude commandée par l’armée américaine en 1972, réunissant dans le plus grand secret un groupe de chercheurs et de géographes afin de déterminer la répartition de la population du Vietnam. Quelques mois plus tard, le bombardement « stratégique » des digues du pays entraîne le regroupement de la population, qui a survécu, dans un espace restreint sur un terrain facilement contrôlable par les soldats américains.....

Quelle géographie est-ce là ? Pourquoi ce savoir stratégique est-il réservé à une minorité dirigeante ? La géographie des « états majors », celle qui a un intérêt politique, économique et social ne pourrait-elle pas devenir un instrument aux mains du peuple ?

Plus qu’une définition, Yves Lacoste, met en place un projet : mettre à profit les outils, les cartes, un certain savoir-faire, pour nous réapproprier la géographie et pour l’utiliser mais à d’autres fins, pour l’enseigner autrement.

Bien sur, le projet est ambitieux et les obstacles nombreux. Le poids de l’inertie propre aux institutions scolaires est un premier problème. Enfin, quand la géographie appliquée arriva sur le devant de la scène, sous l’élan des écoles américaines, son caractère « prolétarisé » fut vite contrôlé par les instruments du pouvoir. La géographie militante, celle de Lacoste et de ses successeurs mène encore aujourd’hui un dur combat. Ces revendications sont bien évidement toujours d’actualité.

Les grandes puissances mondiales, les firmes multinationales, de même que le système capitaliste dans sonensemble sont soumis à l’évolution de la géographie. Il est donc possible d’utiliser ce savoir pour contrer le système actuel : analyser l’implantation des firmes, démontrer la réutilisation des « politiques d’aménagement » : cartographier la domination !

Aurélie (AL Aix)

Yves Lacoste, La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, Maspero, 1976

 
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