Constitution : Les eurocrates et le Vatican contre les femmes

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La rédaction de la Constitution européenne aurait pu contenir des éléments permettant de faire progresser l’égalité entre hommes et femmes. Non seulement, il n’en est rien, mais plusieurs articles de ce texte vont dans le sens des pires ennemis des droits des femmes au nombre desquels le Vatican.

Les partisan(e)s du oui à la constitution européenne, on le sait, doivent se livrer à des contorsions pathétiques pour nous vanter le contenu social du traité constitutionnel européen, exceptionnel selon eux/elles, mais en fait terriblement régressif aux yeux de toutes celles et ceux qui ont décidé de se passer de lunettes libérales pour le lire.

La mauvaise foi n’ayant pas de limite, certain(e)s de ces sectateurs/trices de l’Europe du capital n’hésitent pas à nous vendre sans rire le fait que le dit traité comporte également de grandes avancées pour les femmes. Regardons donc de plus prêt.

Si la constitution européenne préconise la non-discrimination pour raison de sexe, cette intention reste formelle à la différence du marché dont le champ d’application est codifié avec une précision de notaire.

En ce qui concerne les politiques libérales que la constitution veut légitimer, celles-ci signifient pour les femmes la précarisation du travail, une restriction des libertés, l’approfondissement des inégalités et une institutionnalisation à l’échelle européenne du système patriarcal.

Pour ce qui est de l’accès au travail : « la liberté pour chercher un emploi et travailler » (art. II-75) est affirmée. Au-delà de l’aspect dérisoire d’une telle proclamation, on ne peut que constater une fois de plus la négation des difficultés rencontrées par les femmes pour accéder au marché du travail qui se traduisent par la persistance des inégalités face aux hommes. Effectivement, 85% des emplois sous-payés sont occupés par des femmes, mais le fait d’abolir ces inégalités est le cadet des soucis de nos eurocrates. « La liberté, sans aucun type d’entrave, au fonctionnement du marché » (art. III- 177 et 178) suppose un passage de la protection sociale et des services publics sous la coupe du privé et donc un coût supplémentaire de l’accès à ces mêmes services pour les populations. Les femmes qui sont les plus nombreuses à percevoir des bas salaires font et feront les frais de cette politique.

Une insulte aux droits des femmes

Ce désengagement de l’Etat et du capital (baisse des cotisations sociales) de la protection sociale est à mettre en tension avec l’« amélioration des capacités militaires » et donc l’augmentation des dépenses dans ce domaine préconisées par la constitution (art. I-40-3) De même le démantèlement de la protection sociale qui frappe plus durement les personnes âgées, les malades et la petite enfance accroîtra la charge des familles. Et ce n’est pas un hasard dans ce contexte si la constitution entend valoriser l’institution familiale où s’exercent l’essentiel des contraintes et des violences que subissent les femmes.

20% des femmes de l’Union européenne sont victimes de violences au moins une fois dans leur vie. La constitution considère les femmes avant tout comme des victimes devant faire l’objet de mesures de protection (art. III-116) mais reste silencieuse sur la cause de cette violence : le machisme, le militarisme et encourage le renforcement de la structure familiale où se déroule la plupart des violences.

La constitution affirme le droit de contracter mariage et de fonder une famille comme référence de l’organisation sociale (art. II.69) ; Quid de l’union libre et du droit au divorce qui ne constituent pas des droits constitutionnels ?

Le droit à l’avortement est également absent du traité constitutionnel. Il constitue ainsi un encouragement pour tous les pays qui interdisent l’accès à ce droit comme Malte ou le restreignent plus ou moins fortement comme le Portugal, l’Irlande, la Pologne ou encore l’Italie et l’Espagne. Le « droit à la vie » (art. II-62) devient lui un droit fondamental, ce qui constitue une victoire politique et l’aboutissement d’un intense lobbying de la part du Vatican.

Mensonges et imposture

Le Vatican, relayé par la Pologne, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne du temps d’Aznar, a réussi à inscrire dans cette loi fondamentale des références à l’héritage religieux de l’Europe et à la contribution des églises, alors même que ce sont le matérialisme, la sécularisation et la laïcité qui ont contribué à imposer la liberté de conscience et d’expression contre la volonté des églises. Ce sont eux qui ont permis de libérer la science, l’éducation, la recherche, la culture, la sexualité... de l’obscurantisme et du carcan des religions. Mensonge et imposture collent décidément à la peau de cette constitution capitaliste.

C’est du reste au nom de cette affirmation de l’Europe comme un « club chrétien » que nombre de politicien(ne)s de droite comme de gauche continuent à s’opposer à l’entrée de la Turquie dans l’UE.

Ni Dieu, ni maître ni ordre moral est plus que jamais notre devise.

Dans ce sens deux échéances importantes.

Le 28 mai à Marseille, lors de la Marche mondiale des femmes, il faudra être très nombreuses et nombreux pour crier notre refus du patriarcat et notre volonté de construire une société autogérée débarassée de la domination de genre.

Le 29 mai, il y aura une seule façon de s’opposer à une régression pour les droits des femmes et affirmer un combat laïc face à l’obscurantisme des religions : voter « Non ! »

 
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