Dans les musées : et pour 50 euros de plus…

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Depuis le 8 février, les gardiens et les gardiennes de musées du ministère de la Culture ont lancé une lutte pour la revalorisation d’une prime. Un mouvement qui cristallise le mécontentement d’une filière déconsidérée et méprisée.

Le mouvement de grève qui a débuté chez les gardiens et les gardiennes de musées le 8 février pour la revalorisation de l’Indemnité administrative de technicité (IAT) [1] trouve son origine dans la tentative de l’administration du Louvre d’introduire une mesure inégalitaire. En effet, l’administration du Louvre proposait que certains agents, qui seraient formé-e-s spécialement pour effectuer certaines tâches, comme donner des informations sur les œuvres d’art, touchent une IAT supérieure aux autres. En réalité, cette mesure a créé un sentiment d’injustice auprès de l’ensemble des agents qui avaient déjà l’impression d’effectuer toutes ces tâches sans être rémunérés davantage pour autant.

Des pétitions à la grève

Des agents du Louvre non syndiqué-e-s ont mis en place une pétition à partir du mois d’août 2006 qui a recueilli plus de 400 signatures demandant une IAT de 150 euros minimum (l’IAT de base est actuellement au Louvre de 100 euros, elle est souvent bien inférieure dans les autres établissements). Face au refus de l’administration du Louvre de les recevoir, ils se sont tournés vers le syndicat Sud-Culture. Des assemblées générales (AG) ont alors été organisées au Louvre. La pétition a été lancée dans les autres établissements et a obtenu plus de 700 signatures. Lors de la rencontre avec les représentant-e-s de l’administration générale, Sud-Culture a reçu la réponse que la revendication portée par les agents était “ raisonnable ”, en ne proposant rien d’autre chose qu’un plan de revalorisation sur 5 ans sans aucun chiffres précis !

Un préavis de grève a été déposé pour le 8 février. La CFDT et FO ont accepté de soutenir la revendication. La CGT, première organisation au ministère de la Culture, a refusé au prétexte que cette revendication qui venait des agents était “ mal ficelée ”.

Un mouvement médiatisé

Le mouvement de grève sur l’IAT a duré 9 jours et a principalement touché le Louvre, Orsay et Versailles.

Ainsi, s’il a été possible de fermer le musée d’Orsay par deux fois, ce ne fut pas le cas au Louvre. En effet, l’établissement n’a pas respecté les effectifs minimums de sécurité. Afin d’assurer le maximum de visibilité à leur mouvement, les grévistes ont organisé différentes actions : affichages et collage dans les salles mêmes du musée, blocage des caisses et gratuité du musée avec caisse de grève. Ils et elles ont aussi ouvert un blog [2] afin de pouvoir tenir quotidiennement informé de leur mouvement. Ils et elles ont ainsi réussi à capter l’attention des medias du fait que les établissements dans lesquels ils travaillent sont exposés à une couverture médiatique importante.

Le ministère, après avoir reçu les grévistes, a bloqué toute négociation jusqu’au 14 mars, date où une réunion devait avoir lieu sur la politique indemnitaire avec toutes les organisations représentatives. Ce qui signifiait que le ministère exigeait la présence de la CGT autour de la table des négociations.

L’intersyndicale a alors proposé aux AG de suspendre la grève jusqu’au 14 mars afin de ne pas épuiser le mouvement. Mais pour pouvoir maintenir la mobilisation, il a été proposé que des actions aient lieu jusqu’au 14 mars

En attendant le 14 mars

Le jeudi 22 février a donc eu lieu la première action : le blocage des caisses d’Orsay avec gratuité et caisse de grève. L’administration a immédiatement réagi en déclarant d’une part les AG illégales et d’autre part en menaçant de poursuites judiciaires les grévistes d’Orsay. La semaine précédant le 14 a été consacrée à mobiliser le plus largement possible pour la reprise de la grève. Seul se posait le problème du caractère nettement catégoriel du mouvement. Fallait-il élargir les revendications aux autres catégories, alors que les gardiens et les gardiennes sont souvient ceux et celles qui font grève pour les autres, pour donner plus de perspectives au mouvement ? C’est cette option qui a été prise, renforcée par l’entrée de nouvelles organisations dans l’intersyndicale du 14 mars : CFTC, CNT, FSU.

Ce jour-là des AG ont été organisées et l’intersyndicale a appelé à la grève en vue de faire pression sur la réunion qui devait avoir lieu le matin même. Cette réunion a été le reflet du mépris que le ministère de la Culture porte à son personnel. En effet, au bout de trois semaines, le ministère n’a été en mesure que de redonner les chiffres qu’il avait donnés auparavant. En définitive, les grévistes ont vu encore leurs prétentions renvoyées à une autre réunion, prévue le 3 avril. Des AG, le lendemain, ont mandaté l’intersyndicale pour d’une part préparer la réunion du 3 avril et d’autre part continuer la mobilisation et décider démocratiquement de la suite à donner au mouvement.

Irène (AL Montrouge)

[1Cette prime, qui est commune à l’ensemble des personnels du ministère de la Culture, correspond à l’ancien forfait “ heures supplémentaires ”.

 
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