Dico antiraciste : « L’islamophobie »

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Le discrédit scientifique jeté sur les conceptions biologiques soutenant le discours raciste a obligé ses défenseurs à entreprendre un renouvellement conceptuel à partir des années 1970 et surtout 1980. La culture s’est définitivement substituée à la nature : le culturalisme a triomphé du naturalisme, et c’est le racisme qui du coup fait peau neuve. Aujourd’hui le raciste se dira moins directement arabophobe ou négrophobe qu’islamophobe, identifiant par amalgames grossiers une religion comme étant la cause ultime de la supposée non-intégration des individus racisés, migrantes et migrants ou bien d’ascendance migratoire et coloniale, originaires (ou dont les parents sont ou ont été originaires) de pays dont la langue ou la religion majoritaires sont l’arabe ou l’islam.

Si les origines occidentales de cette vision stigmatisante remontent à l’époque des Croisades, la réactualisation d’une perception négative de cette religion date de la révolution islamique iranienne de 1979 dont on oublie qu’elle résulte de l’existence du régime autoritaire du Shah installé avec l’aide de la CIA à la suite du coup d’Etat contre Mossadegh en 1953. Depuis la guerre du Golfe en 1990 et les attentats du 11 septembre 2001, l’islam est devenu l’indice d’une stigmatisation affectant une bonne partie des racisé-e-s postcoloniaux, pratiquant-e-s ou non, dont les parents sont originaires de pays majoritairement musulmans.

Le terme d’islam est donc ce mot se voulant culturellement neutre, mais qui peut servir à la refondation polémique d’un discours racial ou raciste qui ne saurait alors plus seulement se réduire à l’extrême droite, mais dont les multiples occurrences discursives traversent autant l’ensemble des champs sociaux qu’une majeure partie du spectre politique. Ainsi, un certain nombre de défenseurs autoproclamés de la laïcité républicaine, de droite comme de gauche, sont obsédés par la montée, au sein de l’espace public (et plus particulièrement scolaire), d’un fantasmatique péril fondamentaliste, oubliant que par exemple l’Alsace-Moselle déroge toujours aux principes de la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Cet acharnement politique et médiatique contre une centaine de filles voilées (qui, rapportées sur plusieurs centaines de milliers d’élèves, ne représentent quasiment rien en termes de pourcentage) lors de la loi de mars 2004 a viré facilement à l’idéologie islamophobe, version soft de l’arabophobie. Enfin, du point de vue communiste libertaire, la critique de l’islamophobie considérée comme le masque vertueux du nouveau racisme anti-arabe et anti-noir contemporain ne doit pas nous épargner de continuer à mener la critique radicalement matérialiste de toutes les religions sans exception comme formes sociales instituées d’oppression sociale et patriarcale.

 
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