Dossier Printemps arabe : Syrie : Un anarchiste syrien témoigne

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Au sein du mouvement populaire, des anarchistes ont fait leur apparition. Malgré les coupures d’électricité et les risques, ils et elles utilisent les réseaux sociaux pour échanger et s’exprimer. L’un d’eux nous a donné son point de vue sur la révolution.

Parce que Bachar el Assad s’accroche de toutes ses forces au pouvoir, et a refusé de s’incliner devant les manifestations pacifiques, la révolution a aujourd’hui pris un tour plus militaire. L’Armée syrienne libre (ASL), bras armé de la révolution, en est l’élément le plus visible. Constituée de soldats et d’officiers déserteurs, ralliée par de simples citoyens en armes, elle protège aujourd’hui les manifestations, et est active sur les trois quarts du territoire. Dans certaines zones, elle « coexiste » même sans heurts avec certains bataillons de l’armée régulière qui restent attentistes en attendant de voir où le vent va tourner.

Le financement de l’ASL reste dans une large mesure assuré par la population, même s’il semble évident que certains pays de la Ligue arabe lui fournissent de l’équipement. Au début de la révolution, les manifestantes et les manifestants, hostiles aux possibilités de récupération ou de manipulation, rejetaient fortement toute idée d’intervention ou d’appui de la part des Occidentaux ou de forces armées internationales. Cette intransigeance a fléchi vu la situation humanitaire. À présent, la population a besoin d’une importante aide sanitaire et médicale dans les zones de répression, et la solidarité matérielle du peuple syrien n’y suffit plus, surtout dans les villes assiégées par l’armée, et isolées du reste du pays. Dans ce contexte, il devient de plus en plus dur de contester la nécessité d’une aide humanitaire acheminée et sécurisée par l’ONU, à condition qu’elle soit pilotée par des pays arabes et non occidentaux. À l’heure où j’écris, le nombre de morts a atteint les 7 000, dont plus de la moitié dans la seule ville de Homs.

Nouveau coup dur pour le régime : la contestation a récemment gagné Alep, la capitale économique du pays. Perte de toute légitimité populaire, incapacité croissante à contrôler le territoire et à présent paralysie économique : on peut dire que la chute du régime n’est plus qu’une question de temps. Il faut cependant noter que la menace qui se profile est celle d’une guerre civile intercommunautaire, et on en voit déjà les prémices à Homs, ou alaouites et sunnites s’entretuent.

Pour ce qui est des libertaires syriens : leur présence reste très minoritaire, mais cela ne nous empêche pas d’être actifs dans la révolution en tant que groupes d’individus.

Dans quelques temps une structure libertaire pourrait voir le jour, pour marquer notre présence en tant que force politique dans la contestation. Il y a parmi nous des camarades anarcha-féministes. Il s’agit pour elles de contester l’ordre moral et son poids écrasant dans les sociétés arabo-musulmanes, ou le patriarcat ne se dissimule pas. C’est pour cette raison que l’expression des militantes libertaires syriennes est une chose importante à nos yeux pour revendiquer sur le même plan révolution sociale et égalité des droits.

« Un anarchiste syrien », le 16 février 2012

 
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