EDF : Harcèlement moral au Blayais

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Nous publions ici le récit d’un salarié qui a gagné un procès contre EDF pour harcèlement moral. Cette condamnation, qui est une première, pourra contribuer à ce que de nouvelles luttes s’engagent contre le harcèlement au travail.

L’« affaire » remonte à octobre 2005, date à laquelle, en raison d’un transfert d’activités pour lesquelles j’étais employé (gestion de patrimoine au centre de production nucléaire EDF du Blayais), j’ai demandé un redéploiement dans un métier différent ; cette option était tout à fait légitime et en parfaite concordance avec un protocole de négociations nationales, qui autorise tout employé à pouvoir ne pas suivre le dit transfert d’activités.

Je préférais, pour les trois années qu’il me restait à travailler avant mon départ en retraite prévu pour fin 2009, demeurer affecté directement en tant qu’agent du Blayais plutôt que de me voir muté (ne serait-ce qu’administrativement) dans une entité nouvellement constituée mais susceptible d’être facilement externalisée à terme. Je formulai donc une demande de reconversion professionnelle au sein d’un service logistique de la centrale nucléaire. A partir de ce jour, le 14 novembre 2005, j’ai été totalement placardisé, sans mission, sans travail, sans suivi de reconversion tel que cela aurait dû se faire au regard des conventions qu’EDF établit dans ces circonstances de demande de redéploiement. Malgré de nombreux courriers adressés à tous les niveaux de ma hiérarchie, celle-ci est restée muette et indifférente.

Décourager pour dégraisser

En fait je comprenais, au bout de plusieurs mois, que l’intention de ma hiérarchie était de me pousser à opter pour un départ en pré-retraite, selon une directive mise en place en janvier 2006, visant à « dégraisser » les effectifs de secteurs professionnels en réduction d’activité.

L’intrigue consistait donc à me décourager jusqu’à ce que je me décide à quitter l’entreprise, lassé de mon inactivité quotidienne. Ce que j’ai fais le 26 novembre 2006. Cependant, avec le syndicat FO, nous avons décidé d’assigner EDF aux prud’hommes pour harcèlement moral, d’autant que plusieurs de mes collègues se sont trouvés dans une situation identique et ont connu les mêmes affres de la culpabilisation, de la honte et de la dépression.

Une première audience, au mois de juillet 2007 puis le 26 mars 2008, a abouti à un partage égal des voix qui renvoyait donc l’affaire auprès du Tribunal d’instance de Bordeaux. En octobre 2008, le juge départiteur du Tribunal de Bordeaux condamne EDF à 38 000 euros de dommages et intérêts pour inexécution fautive du contrat de travail. EDF a fait appel.

38 000 euros aux prud’hommes, 10 000 en appel

L’affaire fut débattue le 24 novembre 2009 et la Cour d’appel de Bordeaux, par l’arrêt du 19 janvier 2010, a condamné de nouveau EDF à 10 000 euros en réparation de mon préjudice en reconnaissait le fait de harcèlement moral, cette deuxième condamnation venant se substituer à la précédente.

Je tiens à souligner le courage de deux médecins du travail, qui n’ont pas hésité à apporter leur témoignage dans ce procès. De même les collègues qui ont contribué par leurs attestations écrites à étayer ce dossier. Le syndicat FO, auquel je suis adhérent depuis vingt ans, a particulièrement bien suivi ce dossier, et apporté la « logistique » indispensable dans ce type de procédure. Et enfin un grand coup de chapeau à l’avocate qui a porté ce dossier avec une pugnacité due à une motivation viscérale, une compétence remarquable, et une énorme implication.

Que ce combat puisse donner le courage à toutes celles et ceux qui ont à subir les humiliations quotidiennes d’apparatchiks zélés, inféodés à la pensée unique, et qui au mépris du respect humain et par asservissement aux systèmes promotionnels, n’hésitent pas à contribuer à la destruction physique et mentale de leurs collègues. Qu’il puisse également ouvrir les yeux de ceux qui ne voient qu’une image idyllique des fleurons du tissu économique, au travers des publicités racoleuses, quand derrière l’écran enjôleur, sévissent des systèmes qui ne sont pas des émanations divines, mais bel et bien des modes d’exploitation de ce que l’on nomme de nos jours, la ressource humaine.

Bernard

 
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