Elections départementales à deux vainqueurs : le FN et l’abstention

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Face à l’offensive libérale et austéritaire, la réponse des travailleurs et des travailleuses dans les urnes témoigne surtout d’une profonde désillusion. On peut comprendre, vu la catastrophe de la « gauche » au pouvoir, mais cela n’enlève rien au caractère inquiétant de l’enracinement de l’extrême droite, que l’abstention massive, qu’on peut difficilement interpréter comme révolutionnaire, n’amoindrit guère.

Avec 50 % d’abstention et une montée du vote blanc, sans oublier les dizaines de milliers de résidents privés du droit même d’essayer de jouer, les Français viennent à nouveau de montrer tout à la fois leur rejet du bipartisme installé par les modalités électorales et leur dégoût devant cette pseudo-alternance qui porte au pouvoir « gauche » puis « droite » sans que rien ne change, en tout cas dans l’intérêt des travailleurs. Et encore faudrait-il pouvoir décompter séparément toutes celles et ceux qui votent encore de temps en temps, non pas pour un candidat ou un parti mais dans un geste purement tactique pour éliminer un candidat jugé plus particulièrement dangereux… Les bonnes âmes qui évoquent fortement de rendre le vote obligatoire avec l’argument des « combattants morts pour la démocratie » devraient tout même entendre que personne n’est mort pour cette pseudo-démocratie-là !

Effacement des organisations électoralistes

Hélas il nous faut admettre que ce recours massif à l’abstention ne correspond pas à une montée en puissance de l’auto-organisation populaire. En revanche, avec trente et un binômes élus dans quatorze départements, dont certains dès le premier tour, force est de constater un enracinement local, limité mais bien réel, du FN. Reste à surveiller les décisions et les politiques portées par ces élus mais aussi à observer les conséquences à moyen terme sur le FN lui-même de cette intégration dans la gestion et le jeu politique traditionnels.

De la même manière, si l’effacement des organisations électoralistes et autoritaires ouvre des espoirs de renouvellement des utopies et pratiques libertaires, leurs mauvais scores n’envoient pas à ce stade un signal positif. Avec des candidatures à géométries variables, en alliance avec le PS ou le NPA suivant les lieux, le PCF continue son lent déclin. Dans la majorité des quelques départements conservés par les socialistes, les élus PCF se sont précipités dans la majorité de gestion en occupant les vice-présidences. Les fractures internes dans ce parti vont encore s’approfondir avec la préparation des élections régionales en décembre : avec le PS dès le premier tour, ou pas ? Pour ne rien dire des partenaires du Front de gauche, dindons de la farce, dont la crédibilité s’approche dangereusement de zéro… Enfin les organisations d’extrême gauche (LO, POI, NPA), en grande difficulté, n’ont pu présenter qu‘une vingtaine de candidats dont les scores furent généralement insignifiants.

Dans les villes ouvrières, et plus particulièrement dans les cités populaires il n’est pas rare que l’abstention atteigne les 70 %. Il n‘ y a donc pas de basculement massif de la classe ouvrière vers le FN. Il n‘ y a d’ailleurs aucun ouvrier parmi les 62 élus FN. Mais une désillusion et un découragement qui ne permettent pas de voir venir les ripostes, les réponses qui permettraient de briser l’offensive libérale et austéritaire. C’est pourtant cette alternative-là que les travailleurs doivent réussir à faire surgir comme réponse aux impasses de la gauche libérale ou réformiste et comme riposte aux inquiétants progrès du FN.

Jean-Yves (AL 93)

 
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