Front de gauche : Prenez tout le pouvoir ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


Le succès de la « prise de la Bastille » organisée par le Front de gauche le 18 mars n’aura échappé à personne, tout comme la percée de Mélenchon dans les sondages à 14 %, devant Bayrou et Le Pen. Cette dynamique redistribue les cartes à la gauche du PS.

Le NPA a axé sa critique du FdG sur la dépendance de celui-ci par rapport au PS, notamment en dénonçant d’hypothétiques trahisons à venir d’un gouvernement PS-PCF-PG, invoquant 1981 et 1995. Mauvais pari, puisque Mélenchon a annoncé qu’il ne participerait pas à un gouvernement Hollande et que le PCF semble sur la même voie, rompant potentiellement avec 40 ans de stratégie d’alliances. De fait, ni le PCF, ni le PG n’ont intérêt à casser l’outil qu’ils sont en train de construire, en tout cas pas avant de s’être assurés une implantation électorale dans les mairies et à l’assemblée nationale. Le NPA n’a donc pas réussi à convaincre et ses militants se sont au final retrouvés aimantés par le FdG, entraînant un début de scission.

C’est bien plutôt sur les revendications et sur le projet de transformation sociale qu’il faut argumenter avec les militantes et militants du FdG. Ce qui risque de poser problème à bien des organisations anticapitalistes, qui se contentent depuis des années de radicaliser les propositions syndicales, en renvoyant le projet politique révolutionnaire aux calendes grecques. Mélenchon a beau être un réformiste assumé, il a l’intelligence de doubler les propositions syndicales (notamment le droit de veto suspensif des comités d’entreprise sur les licenciements et la réquisition des boîtes qui licencient) d’un fort appel à « prendre le pouvoir » et cela à travers une « insurrection citoyenne » consistant à porter au pouvoir des formations politiques affirmant clairement une volonté de rupture avec le « diktat de la finance ». Simple comme bonjour à l’écouter ! Or la volonté suffit rarement en politique : les réformistes parvenus au pouvoir en Amérique latine, dont il s’inspire, en ont fait la démonstration.

S’affronter autrement qu’en mots au patronat, aux institutions européennes et à la finance, cela demande bien plus que la volonté d’un parti politique. Ce qui comptera toujours en dernier ressort, c’est la capacité des opprimé-e-s à lutter pour imposer leurs volontés, et cela en toute indépendance du pouvoir en place. Or si le FdG développe tout un discours sur la nécessaire intervention du « peuple » en politique, il s’agit toujours de soutenir des formations politiques. Concrètement, si plusieurs boîtes étaient représentées à la Bastille (Fralib, Petroplus, ArcelorMittal, Sodimedical), aucune n’a été invitée à prendre la parole lors du meeting, afin de mettre en avant leurs luttes exemplaires.

Mélenchon va d’ailleurs jusqu’à théoriser que les restructurations du travail sont allées tellement loin que les luttes dans les entreprises sont désormais secondaires dans la construction de rapports de forces, reposant selon lui avant tout sur l’occupation des espaces publics (rues, places, mais aussi médias). Certes, la grève générale a été en partie mythifiée en France et ne sera sans doute pas le seul élément d’une transformation révolutionnaire de la société. Pour autant, la lutte des retraites de l’automne 2010 confirme que les mouvements d’ensemble sont toujours possibles et centraux. Aucune stratégie de transformation sociale n’est crédible si elle n’aborde pas la question de la généralisation, l’unification et la radicalisation des luttes autour de revendications de rupture.

Cela est valable tout particulièrement pour l’après-élection. Si l’on ne peut que se réjouir de la politisation de masse qui résulte de la campagne du FdG, à l’issue des élections, sauf à s’imaginer que Mélenchon soit élu, il faudra bien enfin discuter de la résistance aux plans d’austérité à venir, qu’ils soient menées par l’UMP ou le PS, c’est-à-dire de la construction de luttes et revendications. Il y aurait à ce propos encore beaucoup de choses à dire sur le programme revendicatif du FdG, mais cela sera l’objet de futurs articles.

Grégoire (AL Paris Sud)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut