Grèce : Mouvement étudiant : un an que ça dure !

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La jeunesse fait front contre la droite et le Parti socialiste, pour défendre le service public d’éducation. Un mouvement d’une ampleur exceptionnelle, tant dans sa durée que dans sa radicalité. Les anarcho-syndicalistes sont à la pointe de la lutte.

Le mouvement étudiant qui marque la vie politique du pays depuis mai 2006 a redoublé d’intensité depuis deux mois. Deux motifs à ce conflit : d’une part le projet du gouvernement de droite, soutenu en cela par le Parti socialiste, de modifier la Constitution pour autoriser la création d’universités privées ; d’autre part le dépôt d’une loi qui prévoit l’exclusion des étudiants et des étudiantes qui n’arriveraient pas à finir leurs études en cinq ans, la restriction du “ droit d’asile universitaire ” empêchant les intrusions policières [1] sur les campus, et la modification du système de financement des universités qui devront désormais chercher une grande partie de leurs fonds auprès des entreprises.

Des assemblées générales massives ont décidé des occupations de facs. De quelques dizaines au début on est rapidement passé à des centaines d’occupantes et d’occupants. Le 10 mars plus des deux tiers des universités grecques étaient touchées. Comme à l’habitude, la répression est extrêmement violente : un déluge de gaz chimiques accompagne toutes les manifestations étudiantes et on dénombre des centaines d’arrestations. Les CRS grecs se sont déployés dans les quartiers étudiants et militants, notamment dans le quartier populaire d’Exarchia, à forte présence anarchiste.

Une centrale syndicale en osmose avec l’État

Alors que les étudiant-e-s appellent à la solidarité des travailleuses et des travailleurs, le système syndical bureaucratisé constitue un obstacle notable. La seule centrale officielle du pays (GSEE), formation fortement étatique, a déclaré son “ soutien ” au mouvement, alors que dans le même temps elle est la première institution à utiliser l’autorisation de créer des universités privées. La GSEE vient en effet de déclarer qu’elle créerait une “ académie du travail ” amenée à produire “ les syndicalistes diplômés de demain ” (sic !). Plusieurs manifestations ont eu lieu devant le siège de la GSEE contre ce projet, avec la participation de quelques petits syndicats qui s’y opposent. L’Union syndicaliste libertaire (ESE) ainsi que d’autres groupes libertaires étaient présents dans ce petit mouvement parallèle.

Alors qu’il y a quelques mois le toujours puissant et toujours aussi stalinien Parti communiste (KKE) occupait une position dominante au sein du mouvement, cela n’est plus le cas depuis longtemps. L’organisation spontanée, fac par fac, puis ville par ville, a largement dépassée l’orientation bureaucratique d’un “ Comité central de lutte ” que les étudiantes et étudiants du KKE proposaient. Effet notable : la direction du parti a débarquée en pleine lutte le secrétaire général de la Jeunesse communiste et a ordonnée à ses militants d’adhérer aux Coordinations ouvertes qui sont devenues le cœur du mouvement étudiant. L’influence des libertaires, dont les militantes et militants de l’ESE, dans ces coordinations, est considérable.

Contre les manœuvres politiciennes

Le 22 mars il y avait toujours 240 facs occupées (soit la moitié des établissements) et des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants dans la rue chaque jeudi (jour de mobilisation). Le mouvement s’enracine sans se préoccuper des manœuvres politiques. Par exemple le PS déclare à présent qu’il n’y a plus de raison de lutter puisqu’il abrogera la loi – tout en maintenant son adhésion à la modification de la Constitution – dès qu’il sera revenu au pouvoir. De leur côté les organisations léninistes et néocommunistes sont impatientes de transformer la mobilisation sociale en un triomphe électoral aux élections universitaires de mai. Ce mouvement est un exemple d’auto-organisation des luttes et de combativité sociale face au néolibéralisme. À l’ESE nous pensons que, pour les travailleurs et les travailleuses, cette lutte peut aussi constituer l’exemple d’un dépassement possible et salutaire du syndicalisme étatique et bureaucratique.

Yannis Androulidakis (Union syndicaliste libertaire/ESE), le 22-03-2007

[1Acquis social hautement symbolique en Grèce, pour des raisons historiques. En 1973, l’occupation de l’École polytechnique d’Athènes par les étudiantes et les étudiants fut la première étape de la révolte contre la dictature.

 
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