Haïti : Après deux siècles d’impérialisme

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Le séisme à Haïti réclame quelques précisions sur l’histoire du pays, notamment en ce qui concerne ses contradictions économiques et politiques.

Au milieu du XVIIIe siècle, Haïti s’appelait encore Saint-Domingue et représentait la perle du premier empire colonial français. L’île était la plus grosse exportatrice de sucre des Caraïbes, loin devant les autres possessions européennes. Aujourd’hui, Haïti compte parmi les pays les plus pauvres de la planète. Le contraste semble saisissant, et n’a pas manqué d’alimenter toutes sortes d’idées reçues sur l’histoire haïtienne.

L’économie coloniale concentrait l’essentiel du pouvoir entre les mains des grands propriétaires et des négociants métropolitains. Une fois les Blancs chassés du pays et l’indépendance de la première république noire proclamée (1804), au terme d’une révolution complexe et difficile (1791-1804), l’économie de Haïti, fondée sur l’exploitation du travail des esclaves, est déjà fortement ébranlée. Par la guerre d’abord, qui a touché les plantations et la main d’œuvre, mais qui s’est aussi déroulée sur les mers, entre Français et Anglais. Par la ruine des anciens circuits commerciaux ensuite, avec la rupture entre l’île et les anciens partenaires européens.

Cette déstabilisation économique n’est pas résolue par la politique de l’État haïtien. À l’intérieur de l’île, des antagonismes persistent, entre une nouvelle élite de militaires propriétaires (qui n’hésitent pas à recourir au « caporalisme agraire » ou à la corvée pour mettre en valeur leurs terres), et de petits paysans, anciens esclaves, qui luttent pour de meilleures conditions d’existence. Cela dans un climat international défavorable, puisque Haïti doit s’acquitter d’une écrasante dette envers la France, destinée à rembourser les colons expulsés.

La domination des États-Unis

Inégalités sociales, tensions racistes et difficultés financières sont du reste au cœur de l’histoire contemporaine d’Haïti.

Sous prétexte de défendre les intérêts de leurs banques, Berlin ou Washington sont ainsi intervenus en Haïti, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Les États-Unis ont notamment occupé l’île de 1915 à 1934, puis ont soutenu les régimes autoritaires de l’après-guerre, tout en s’ingérant dans les affaires intérieures (comme en 1991, lors du putsch contre Aristide).

C’est à la faveur de cette influence nord-américaine qu’une minorité de politiciens locaux a prospéré, faisant la synthèse entre nationalisme raciste, respect des intérêts étrangers, et conception autoritaire du pouvoir – comme à l’époque du régime des Duvalier.

En réalité, occupation et dictatures ont contribué à paralyser le développement économique du pays, déjà compromis par l’affaiblissement du système financier. L’agriculture a également souffert des réformes libérales, promues par le FMI : au cours des dernières années, une crise économique et alimentaire a frappé de plein fouet la paysannerie et la population urbaine, entraînant des émeutes et une critique de plus en plus prononcée des politiques dominantes.

Boris (AL Paris Sud)

 
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