Jeux de plateau : Bientôt un luxe ?

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La stagnation des revenus due à la crise couplée à l’incompressibilité des dépenses fixes font mécaniquement baisser la part consacrée aux loisirs. Loin de s’emparer du problème, l’industrie ludique (hors jeux vidéo) semble se voiler la face : jusqu’à se couper de sa base historique ?

La tendance actuelle de la création ludique est à la hausse du prix moyen des jeux. Sous couvert de matériels surabondants et de renchérissement des matières constituantes (cartons, pions), le prix des boîtes enfle, fait reculer le nombre potentiel de clients. Peut-on demander à une famille de dépenser plusieurs dizaines d’euros pour un loisir qui l’occupera seulement quelques heures de temps à autre ? Dans les boutiques de jeux traditionnels on ne croise plus guère de couple avec enfant. Cette situation est d’autant plus problématique qu’il est connu que plus les enfants jouent, plus grande est la probabilité de les voir jouer avec leur proches ou leurs futurs enfants. Cette sélection pécuniaire des usager-e-s est donc une mauvaise chose puisque elle amène la pratique des jeux de société à devenir un marqueur social, et qu’elle prive le monde du jeu de son vivier naturel de cerveaux qui contribuent à l’enrichissement de la pratique. A terme, cela crée le risque de voir disparaître bon nombre de titres faute de pratiquantes et participants. Une simple consultation des étals de brocantes suffit pour se con- vaincre que les seules qualités intrinsèques d’un jeu sont loin de garantir sa réédition.

Face à cette situation, bon nombre de joueurs-euses tentent l’auto-organisation ! Pourquoi ne pas mutualiser quelques boîtes autour d’une association ? C’est le pari que font certains clubs et autres ludothèques associatives de quartiers. Pour autant, si ces dernières sont assez bien organisées autour de la petite enfance, elles peinent encore à s’adresser aux adolescents et jeunes adultes. Pour difficile que soit cette étape de démocratisation, elle est pourtant nécessaire pour éviter que les jeux de plateau ne se transforment en loisir élitiste ; une voie qu’ils ont déjà trop souvent parcourue par le passé.

Nico (Paris Nord-Est)

 
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