L’extrême droite tente une OPA sur les quartiers populaires

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En ce début d’année, suite à l’affaire Valls-Dieudonné et l’opération de retrait des écoles initiée par Farida Belghoul, nous avons pu constater la tentative d’une offensive politique de l’extrême droite sur les populations musulmanes des les quartiers populaires qui a pu rencontrer certains échos inquiétants.

Un hiver qu’on aimerait oublier : affaire Valls-Dieudonné, mobilisation pour retirer leurs enfants des écoles suite à des envois massif de SMS notamment dans certains réseaux musulmans, participation de « jeunes de quartier » à la manif d’extrême droite Jour de ¬colère et aux rassemblements de soutien à Dieudonné, une banderole « Les Français musulmans disent non au mariage homosexuel » en tête de cortège homophobe... Comment certains rangs de la réaction en France ont-il réussi à mobiliser à leur côté des populations musulmanes notamment des quartiers populaires ? Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord distinguer la capacité de mobilisation des réseaux conservateurs et réactionnaires blancs, bourgeois, catholiques, pour promouvoir un retour à l’ordre moral. Cette offensive a débuté en 2011 avec Civitas contre des pièces de théatre jugées blasphématoires. Sur Paris, SOS Touts-Petits est également sorti du formol pour repasser à l’offensive contre des centres IVG. Et les mobilisations massives homophobes de la Manif pour tous dans toute la France ont permis de populariser les conceptions religieuses réactionnaires.

Repli communautaire

Mais pour toucher également les populations musulmanes majoritairement concentrées dans les quartiers populaires, c’est par le biais de la figure de Farida Belghoul ralliée à Soral, que la prétendue « théorie du genre » menaçant les enfants scolarisé-e-s a été relayée avec un certain succès dans quelques écoles ciblées. C’est donc sous l’angle familialiste et religieux qu’une première brèche a été ouverte. Ce qui nécessite un travail important de déconstruction via notamment les écoles et les centres sociaux des enjeux sous-jacents, sans mépris mais sur des valeurs de laïcité incluante permettant de favoriser le vivre-ensemble.

Quant à l’ampleur du phénomène autour de la « quenelle » et de la vision complotiste et antisémite du monde entretenu par le commerce de Dieudonné, c’est un autre point d’entrée de l’extrême-droite en direction notamment des quartiers populaires. Cette offensive est pilotée par le « national-socialiste » Alain Soral qui a su agréger notamment quelques figures issues de l’immigration à son réseau Egalité et Réconciliation dont les liens avec l’extrême-droite sont avérés. La confusion est entretenue autour de l’imposture « anti-système » et de la posture « antisioniste », camouflant un antisémitisme structurel. Et le modèle prôné par Soral est un modèle communautaire nationaliste intégrant une partie de la jeunesse française d’origine immigrée stigmatisée et laissée pour compte. Mais il ne faut pas sous-estimer la part de responsabilité du gouvernement qui n’a pas fait que mener une politique antisociale précarisant davantage les quartiers populaires dans leur ensemble, mais qui s’est distingué au travers d’une politique raciste et de déclarations islamophobes qui n’ont rien à envier aux années Sarkozy... Tout ce contexte - que seule une alternative mobilisatrice, solidaire conséquente du mouvement social aurait pu contrecarrer - nous amène aujourd’hui à ce résultat. Il s’agit de riposter et de repolitiser nos quartiers, et d’offrir de nouveaux cadres de solidarité sur les ruines du néoliberalisme. Heureusement, tout cela n’est pas passé sans réaction, d’autres voix ont été entendues. Kaissa Titous, ancienne marcheuse en 1983 a elle publié une réponse à cette dernière l’accusant de « trahir nos quartiers » : « Pourquoi, nous, qui avons subi le racisme, la relégation, la stigmatisation devrions nous reprendre le discours religieux de l’extrême droite, de la droite et des associations religieuses, et à notre tour dénoncer des boucs émissaires ? Pourquoi à notre tour stigmatiser en tapant sur les homos ou sur les juifs ? ».

Seb (AL Paris Nord-Est)

 
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