Le collège unique c’est fini !

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Le SNES-FSU et le Parti socialiste en rêvaient, la droite l’a fait avec leur bénédiction. Le collège unique a vécu. La contre-réforme de la classe de troisième voulue par Lang et appliquée par Fillon va permettre de renforcer le tri social en orientant les élèves les plus en difficultés vers les filières professionnelles et fournir ainsi de la chair à patron.

L’arrêté mettant en place des modules de 3 heures hebdo de la deuxième langue vivante, de latin-grec ou de « découverte professionnelle » en troisième est paru au Journal officiel du 6 juillet.

Le texte stipule sans rire que « le choix des options n’engage pas l’orientation future des élèves »... À cela s’ajoutent 3 heures de « découverte professionnelle » obligatoires pour tout le monde. Les heureux futurs prolétaires en herbe auront même la chance d’en prendre pour 6 heures dès la quatrième ! Et comme une seconde langue n’est pas utile pour bosser sur une chaîne, on la leur supprime, histoire d’alléger les programmes d’enseignements généraux.

Même si le ministère s’en défend, dans les faits, l’absence de seconde langue vivante constituera un barrage pour accéder à la seconde.

Le Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES) étant favorable à la disparition du collège unique, il n’y a pas beaucoup de mobilisation à attendre de sa part sur ce dossier.

Est-ce à dire que le collège unique tel qu’il fonctionnait était la panacée ? Certainement pas !

Le fait de banaliser les classes, s’il répondait à un souci d’égalité, a fonctionné comme un leurre à partir du moment où les moyens nécessaires n’ont pas été affectés. Classes surchargées, incapacité à prendre en compte les différences entre élèves, mais aussi dévalorisation du travail manuel sont les principales tares du collège unique. C’est notamment dans ces domaines qu’il faut agir pour permettre à chacun(e) de trouver sa place.

Partisan(e)s de l’éducation intégrale qui refuse de hiérarchiser travail manuel et intellectuel, les libertaires ne peuvent être que favorables à une évolution du collège unique. Ce n’est toutefois pas du tout ce type d’évolution qui est recherché par le SNES, le PS et la droite.

Le SNES n’a pas combattu le projet de nouvelle troisième du ministre Fillon à la différence de la plupart des autres syndicats y compris le SNU-IPP qui syndique les instituteurs/trices de la Fédération syndicale unitaire (FSU, majoritaire) à laquelle appartient également le SNES. Car ce projet répond aux aspirations élitistes et corporatistes de la direction de ce syndicat mais aussi d’une forte partie de sa base.

Aux yeux de ces enseignant(e)s, il permet de se débarrasser des « éléments perturbateurs » qu’ils/elles estiment « irrécupérables » et qui doivent être réorientés.

Pour le PS, la droite et son ministre de l’Éducation Fillon, l’atout de cette contre-réforme est de préparer des milliers de jeunes à leur future exploitation en entreprise, c’est donc un moyen d’opérer plus tôt un véritable tri social.

Ce projet est en cohérence avec la loi sur l’école que prépare le gouvernement et qui sera débattue à l’automne au Parlement et avec la loi d’autonomie des universités à laquelle le pouvoir avait dû renoncer au printemps 2003 pour éviter une convergence avec les enseignant(e)s en grève.

Pour mener à bien ce travail de contre-réforme, le gouvernement s’est débarrassé d’un de ses maillons faibles, l’ex-ministre de l’Éducation Luc Ferry, pour lui substituer un politique, François Fillon, mieux à même d’apprécier un rapport de force et donc de surmonter une éventuelle crise.

Toutes ces lois et nouvelles dispositions sont programmées pour entrer en application dès la rentrée scolaire de septembre 2005.

À cela il faut ajouter la décentralisation des personnels Atoss (administratifs, techniques, ouvriers et de services) au 1er janvier 2005.

À travers tous ces projets il s’agit de remodeler le système d’enseignement afin qu’il soit plus conforme aux vœux et aux intérêts du Medef.

Mais ce n’est pas parce que le SNES laisse faire le gouvernement qu’il ne faut pas mener bataille.

Une autre école, une autre société

Nombre d’enseignant(e)s et de personnels non enseignants qui ont participé aux grèves du printemps 2003 accusent le coup et, comme les travailleur(se)s d’autres branches, ne se remobiliseront pas facilement.

Toutefois les contre-réformes à venir menacent directement leur statut et leurs métiers, de même qu’elles vont accroître la ségrégation sociale entre les écoles et les élèves dans un environnement social et scolaire déjà passablement dégradé.

Enseignant(e)s, personnels ATOSS, élèves, lycéen(ne)s, étudiant(e)s, parents d’élèves, tout le monde est concerné.

Si les questions des effectifs, des fermetures de classes et d’une contre-réforme libérale de l’école sont essentielles, il ne sera pas possible de faire l’économie d’un débat sur le projet d’école à opposer à la contre-réforme libérale de l’école et donc d’un projet de société rompant avec la dictature capitaliste.

Un débat à mener tout particulièrement depuis les structures syndicales

Autre question sensible en cette rentrée 2004-2005, le sort des non-titulaires. Après s’être attaqué aux emplois-jeunes et aux surveillant(e)s, le gouvernement a décidé dans le cadre du budget 2005, de liquider nombre de postes de maîtres-auxiliaires tout en réduisant le nombre de postes aux différents concours de l’enseignement secondaire (CAPES, CAPLP, agrégations). Des concours qui du reste ne constituent pas le seul obstacle vers la titularisation comme en témoignent les attaques contre les enseignant(e)s-stagiaires dans les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM).

Là encore, parce que la défense des personnels non titulaires est source d’affrontements avec l’institution mais aussi par esprit de corps, le SNES ne défend pas ces personnels comme il devrait le faire.

Alors que les IUFM sont menacés dans leur existence même (voir article ci-dessous), il est urgent que les syndicats de lutte (CNT, SUD, oppositionnels de la FSU, mais aussi FO et la CGT) en prennent toute la mesure et en fassent une des priorités de leur intervention syndicale.

Enfin dernier souci, c’est lors de cette rentrée 2004-2005 que s’appliquera la loi Ferry sur les signes religieux ostensibles, une loi d’exclusion pseudo-laïque, et pseudo-féministe. Une loi dont le gouvernement compte bien se servir comme d’un cheval de Troie pour déplacer l’affrontement du terrain social au terrain idéologique et religieux afin de diviser les personnels, dont une partie croit à tort qu’elle sert ses intérêts et ceux des élèves, et de faire passer en douceur tout le train des contre-réformes libérales.

Une manœuvre qui n’avait pas fonctionné lorsque Sarkozy avait lancé le débat en avril 2003, mais qui pourrait s’avérer redoutable dans un contexte marqué par le recul des luttes.

L.E.

 
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