Sécu, RSA

Le mythe utile des « profiteurs » (malades, chômeurs...)

Version imprimable de cet article Version imprimable


Le candidat Sarkozy et l’UMP avaient certifié qu’ils s’attaqueraient sans coup férir à celles et ceux qui osaient abuser du système social français. Chose promise, chose due : en ces temps de crise économique, c’est en priorité contre les malades et les chômeurs qu’il faut agir.

Responsabiliser : telle est la formule magique, répétée sans relâche par les membres du gouvernement. « Si jamais, quand vous tombez malade, cela n’a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n’est pas très responsabilisant » a affirmé par exemple Laurent Wauquiez, avec sa morgue habituelle [1], reprenant là une vieille antienne de la droite et de l’extrême-droite [2] qui n’ont pas cessé de fustiger, au cours des dernières années, les acquis sociaux conquis au fil du temps par le salariat. Tirant les conclusions de ce fallacieux discours, la droite a pris la décision en novembre de faire passer de trois à quatre jours le délai de carence pour les salarié-e-s du privé – à savoir le laps de temps pendant lequel les travailleuses et les travailleurs malades ne sont pas remboursé-e-s par l’assurance maladie. Par ailleurs, dans le secteur public, les fonctionnaires subiront désormais un jour de carence eux aussi. Une mesure d’équité, serinent à tout vent les porte-parole de l’UMP, en tentant de dresser les salariés les uns contre les autres ; mais la réalité est quelque peu différente.

En fait, un certain nombre d’entreprises privées assuraient, sur la base de conventions collectives particulières et à partir de leurs fonds propres, le remboursement des salariés malades durant les trois jours de carence. Selon le très optimiste – et très sarkozyste – Christian Jacob, près de 75 % des entreprises palliaient de la sorte les insuffisances de la sécurité sociale. Quelle que soit la justesse de cette proportion, il apparaît clairement que le rallongement du délai va contribuer à l’effritement du pourcentage en question. Dès lors, tous les salariés ne seront pas égaux face à la maladie. Les agents publics – fonctionnaires ou non-titulaires – se trouvent quant à eux dans une situation inédite et ne disposent pas de ce genre d’aménagement. Leurs mutuelles vont vraisemblablement s’adapter, au prix d’une révision à la hausse des cotisations. En fin de compte, ce sont les salariés du privé travaillant dans les PME qui souffriront le plus de cette réforme, puisque leurs employeurs n’ont pas les moyens de rembourser leurs jours de carence. Or, c’est dans ce genre d’entreprise que l’on retrouve un nombre important de personnes qui exercent des métiers pénibles, et qui sont par conséquent beaucoup plus exposées au risque de maladie. Plusieurs médecins ont d’ailleurs dénoncé cette injustice patente, à l’image de Claude Leicher, le président du syndicat de généralistes MG France [3].

Quand on sait combien d’arrêts maladie sont refusés par les salarié-e-s eux-elles-mêmes qui craignent pour leur emploi et subissent déjà les effets de la pression au travail, sous-entendre que les travailleurs et les travailleuses malades sont avant tout des profiteurs, dilapidant sans remords l’argent public, est tout simplement un scandale. D’autant plus quand on songe à la politique menée par Sarkozy depuis son élection : distribution généreuse de cadeaux fiscaux aux riches en début de mandat, suivi par un renflouement massif et inconditionnel des banques… La réforme de la sécurité sociale n’est qu’un élément parmi d’autres, dans cette consécration des inégalités. En témoigne par exemple une autre décision prise en novembre dernier, qui impose un travail mensuel de 7h aux bénéficiaires du RSA – et crée au passage une armée de réserve de travailleurs précaires, au lieu de favoriser la création de nouveaux emplois.

La ligne générale est claire : ériger en coupables celles et ceux qui éprouvent les conséquences destructrices de l’exploitation capitaliste.

Boris (Paris Sud)

Affiche AL 2011

[1Déclaration sur BFM-TV-RMC le 16 novembre 2011.

[2Rappelons au passage que la dénonciation des fraudeurs est utilisée aussi bien dans le projet présidentiel de l’UMP de 2007 que dans les discours du Front national.

[3Voir l’entretien accordé à l’Humanité du 16 novembre 2011.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut