Lire : Anne Clerval, « Paris sans le peuple »

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Anne Clerval est géographe. Quatre ans d’enquête sociologique lui ont permis de dresser un état de la gentrification de Paris. Au travers d’enquêtes de terrain, d’entretiens et d’une visite guidée dans la capitale, elle montre comment se produit ce phénomène lent mais inéluctable. La colonisation d’anciens locaux industriels d’abord par des artistes lance une mode qui attire ensuite des cadres moyens et supérieurs pour en faire un quartier branché. L’analyse des cas du faubourg Saint-Antoine et de la rue Oberkampf sont emblématiques.

Outre une appropriation physique des lieux menant à un entre-soi douillet y est aussi montré comment le cynisme qui ressort des entretiens avec les gentrifieurs s’exprime aussi par une violence symbolique sans retenue. Celle-ci tend à l’appropriation des symboles du passé d’un quartier : des outils servent de décors à des bars ou balisent des toponymes (Le Lavoir moderne, La Maroquinerie, etc.).

Dans le même temps, plutôt que de freiner cette évolution, force est de constater que la Mairie de Paris n’a fait que l’accompagner : cette population constitue son fonds de commerce électoral.

Les passages réservés au quart nord-est (XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements) ainsi qu’au XIIIe, d’autant plus intéressants qu’ils se produisent sous nos yeux, à grands coups de vente à la découpe, de réhabilitations ou de [re]constructions, sont assortis d’exemples saisissants comme celui de Château-Rouge.

Ceci laisse craindre le pire, avec la projet d’un Grand Paris qui prendrait acte de l’expulsion de facto de la classe populaire. Quel remède peut alors être apporté quand on constate la fragmentation des résistances ou la résignation du Paris encore ouvrier ? Ce livre est une invitation – explicite – à se replonger dans les écrits de Henri Lefèbvre et Daniel Guérin.

Jean-Claude (AL Paris Sud)

• Anne Clerval, Paris sans le peuple, La Découverte, 2013, 254 pages, 24 euros.

 
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