Lire : François de Singly : « L’injustice ménagère »

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Toutes les études quantitatives montrent que dans les couples hétérosexuels, ce sont les femmes qui assurent la plus grande partie du travail domestique.

Cet ouvrage s’intéresse aux justifications que les femmes apportent à cette situation en partant d’hypothèses assez contestables. L’inégalité serait due aux ruses de la domination masculine pour s’approprier le travail des femmes et aux résistances au partage égalitaire venant de la socialisation des femmes.

On peut déjà envisager qu’il ne s’agisse pas là de deux éléments mais d’un seul, la domination masculine entraînant une socialisation inégalitaire qui persuade les femmes que c’est leur travail et qu’elles seules savent le faire.

Il enchaîne ensuite en affirmant que pour lutter contre cette inégalité, il ne faut pas la réduire à ces deux causes mais y ajouter :

– la pluralité des enjeux de la vie conjugale (les femmes peuvent y trouver d’autres satisfactions, d’autres partages)

– le fait que l’existence de tâches féminines et masculines permettent une reconnaissance de son identité sexuée, sa construction.

Là encore, on peut imaginer d’autres raisonnements. La domination masculine a besoin du couple hétérosexuel pour s’exercer, elle a donc construit des mythes (l’amour, le partage, la communication...) pour le rendre désirable. L’égalité d’exercice des tâches domestiques s’en trouve réduite à une petite contingence pas grave, alors qu’elle est la base de l’exploitation économique (voir les articles du numéro précédent d’AL et les écrits de Christine Delphy selon lesquels le travail domestique est le noyau dur de la domination puisque la classe des hommes extorque à la classe des femmes du travail non rémunéré ).

L’identité sexuée, c’est le genre, le résultat de notre conditionnement aux rôles féminins et masculins,et on ne peut penser l’égalité sans penser sa disparition.

Peut-on imaginer lutter contre l’inégalité domestique à l’intérieur du système actuel ? L’auteur pense qu’il faudrait pour cela vider les tâches de leur contenu genré. Que les hommes ne se sentent pas moins hommes quand ils les assurent. Il semble difficile d’y arriver sans détruire l’ensemble du système.

On trouvera par ailleurs des chiffres illustrant les inégalités et leur stagnation et des témoignages nombreux où les femmes expriment les justifications. Un livre intéressant pour les chiffres et les témoignages mais pauvre en analyses anti-patriarcale.

Christine (AL Orne)

L’Injustice ménagère. Pourquoi les femmes en font-elles toujours autant ?, Collectif sous la direction de François de Singly, Armand Colin, 2007, 24 euros, 256 pages.

 
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