Lire : Kôtoku, « L’Impérialisme, le spectre du XXe siècle »

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Écrit en 1900, seize ans avant L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine, le premier ouvrage du socialiste libertaire Kôtoku Shûsui traite de l’impérialisme et tente, à chaud si l’on peut dire, de définir de quoi il s’agit afin de le combattre. Pour cette figure historique de la gauche radicale japonaise [1], patriotisme et militarisme sont comme « la chaîne et la trame » de toute politique impérialiste. D’une grande érudition, Kôtoku emprunte de nombreux exemples à l’histoire de l’Occident (guerre du Péloponnèse, affaire Dreyfus, impérialisme allemand…) et, fait nouveau dans sa pensée, critique également l’impérialisme nippon.

Comme le rappelle la traductrice Christine Lévy dans une longue et passionnante présentation, l’année 1900 constitue une période charnière au Japon. D’abord sur le plan international, avec la participation du Japon à la répression du soulèvement des Boxers en Chine, au côté des grandes puissances impériales européennes. C’est une grande désillusion pour Kôtoku qui en 1894, soutenait encore la guerre sino-japonaise, croyant naïvement qu’il s’agissait d’une lutte pour l’indépendance de la Corée et ne percevant pas encore le caractère impérialiste de ce conflit. Mais 1900, c’est aussi pour les Japonais la mise en place d’une loi policière du maintien de l’ordre qui entraîne une répression du syndicalisme ouvrier. C’est donc une transition dans la pensée de Kôtoku Shûsui qui passe d’une pensée confucéenne classique au socialisme. Même s’il insiste peu sur cet aspect, Kôtoku souligne dans sa conclusion les liens unissant impérialisme et capitalisme. Et rappelle que face aux maux que sont le patriotisme, le militarisme et l’impérialisme, il n’y a qu’un remède : le socialisme. « À l’heure actuelle, alors que le poison du patriotisme a atteint le sommet dans notre pays, son antidote, l’ennemi qui inquiète les classes dominantes, foule déjà le sol de notre terre, comme la forêt qui avance et encercle le château de Macbeth. Cet ennemi dangereux n’est pas superstitieux, mais raisonnable. Il n’est pas moyen-âgeux, mais moderne ; il n’est pas fanatique mais organisé ; son objectif est d’éliminer la religion patriotique et ses œuvres. Cet adversaire se nomme le socialisme moderne. »

Ce pamphlet fut censuré dès 1901, puis de nouveau en 1945 par les forces américaines d’occupation. Il a fallu attendre la fin de l’occupation, en 1952, pour qu’il soit de nouveau édité.

À noter, la publication conjointe, par les éditions CNRS, du Dialogue politique entre trois ivrognes de Nakae Chômin, autre figure incontournable de la gauche japonaise dont Kôtoku Shûsui fut le disciple.

Mathieu (AL Paris-Sud)

  • Kôtoku Shûsui, L’Impérialisme, le spectre du XXe siècle, traduction et présentation de Christine Lévy, CNRS Éditions, 2008, 188 p., 25 euros.

[1Lire « Un communiste libertaire au Japon : Kôtoku Shûsui », Alternative libertaire, mai 2008.

 
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