Lire : Nicolas de la Casinière : Les prédateurs du béton

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L’intérêt majeur de l’enquête de Nicolas Casinière, Les Prédateurs de béton, est de rassembler des arguments éparts dénonçant les méthodes et stratégies du troisième plus grand groupe de BTP au monde. Nicolas de la Casinière étant journaliste et nantais (il anime la Lettre à Lulu, revue satirique qui lui a valu un licenciement abusif), il produit ici la synthèse dont les militant-es avaient besoin pour accompagner leur volonté légitime de nuire à l’image publique de Vinci en charge notamment de la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il évite par contre de s’étendre sur une critique de l’oligarchie (que d’histoires d’amour entre Vinci et les conseillers ministériels qu’il recrute ou replace au sein de l’État !) et du réseau Ayrault largement menée par ailleurs.

« Bien-sûr, d’autres grands groupes ont adopté les mêmes ficelles, mais Vinci pousse loin la maîtrise de son espace ».

On y relira donc des éléments connus, tels l’exploitation des sans-papiers, le passé collabo de certaines des maisons du groupe, ou les diverses condamnations des patrons de Vinci ou de ses filiales, reconnues par exemple coupables de corruption ou d’infraction aux règles de la concurrence au détriment de l’Etat.

D’autres informations portant sur le lobbying et le mécénat de Vinci sont plus méconnues. Un think tank, l’Entreprise de la cité, fabrique le consentement public au niveau des élu-e-s comme des citoyens via l’accaparement en pointillés de missions de service public (insertion, santé, construction de logements), et fréquente assidument les élites en formation à Sciences Po et dans les écoles d’urbanisme. Côté « responsabilité sociale de l’entreprise », différentes fondations encouragent le bénévolat des salarié-e-s, souvent dans l’insertion professionnelle, l’écologie, les prisons… Enfin, l’exposé des stratégies capitalistes – qu’il s’agisse d’intégration industrielle, de management, de contournements du droit du travail, ou de détournement de fonds public – fait de ce petit livre opiniâtre un modèle d’argumentaire. On peut regretter qu’il ne soit pas plus fouillé et illustré sur le chapitre des partenariats public-privé, mais il met bien le doigt sur les conséquences mortelles et le cynisme de la logique capitaliste : la construction de l’autoroute Moscou-Saint-Petersbourg valait bien la destruction d’une forêt millénaire et la mort du journaliste qui dénonçait le cadre corrompu de l’obtention de ce marché.

Fanny (AL Saint-Denis)

• Nicolas de la Casinière, Les Prédateurs du béton, enquête sur la multinationale Vinci, Libertalia, 2013, 103 p., 8 euros.

 
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