Lire : Paul Mattick, « La révolution fut une belle aventure »

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Ce livre est un récit autobiographique né d’un travail collectif de longue haleine mené entre la France, l’Allemagne et les États-Unis sur plusieurs années. Le résultat est superbe tant sur le fond que sur la forme. On connait surtout Paul Mattick pour ses ouvrages les plus célèbres que sont Marx et Keynes et Crise et théorie des crises, jugés assez ardus pour mener une critique radicale du capitalisme. Mais on connaissait beaucoup moins l’homme, sa personnalité et son vécu. On savait vaguement qu’il avait participé très jeune à la révolution allemande puis s’était exilé aux États-Unis où il a été à la tête de plusieurs revues se réclamant du communisme de conseil. On ne peut qu’être reconnaissant au collectif auquel a participé Charles Reeves qui est l’un des instigateurs du projet et les éditions l’Échappée pour avoir comblé un vide et permis aux lectrices et lecteurs d’aujourd’hui de connaitre la vie trépidante de Paul Mattick ainsi que les périodes historiques et les mouvements révolutionnaires dans lesquels le récit s’inscrit.

Cet ouvrage nous permet de le suivre lorsqu’il était tout jeune dans les rues de Berlin au sein des milieux prolétaires. On suit ces bandes de jeunes qui trainent dans les rues, puis travaillent à l’usine et qui après la guerre vont entrer dans la révolution lorsqu’elle éclate en 1918. On y découvre les différentes organisations révolutionnaires, l’échec de la commune de Berlin en 1918-1919, les actions spectaculaires auxquelles pouvaient participer les jeunes communistes qui frôlaient la mort à chaque instant et dont les actions radicales ne plaisaient pas forcément aux ainés. On découvre le vaste mouvement populaire en réaction au putsch de Kapp qui s’appuyait sur l’armée et les corps francs en 1920. Mais aussi la grande grève générale dans la Ruhr pendant laquelle les anarcho-syndicalistes ont joués un grand rôle. Suite au reflux des luttes après de terribles répressions on le suit dans son exil aux États-Unis en 1926. Là-bas c’est de nouveau l’usine, mais c’est aussi après la crise de 1929, des mouvements plutôt méconnus de chômeurs auto-organisés de grande ampleur et d’une grande radicalité auxquels va participer Paul Mattick jusqu’à l’essoufflement du mouvement ouvrier des années 1930.

À la fin des années 1960 lorsqu’il y aura de nouveaux des mouvements révolutionnaires il n’hésitera pas à se replonger au cœur de l’action notamment en voyageant en Europe pour y rencontrer les étudiantes et étudiants. La particularité de ce livre c’est qu’il se base sur deux interviews dans lesquels il se confie pour la première fois sur son vécu ce qui était très rare de sa part. Le premier a été remanié pour donner le récit qui se lit comme un roman. Et le deuxième a été conservé dans sa forme, c’est l’occasion de découvrir son style direct et son humour. De nombreuses photographies, illustrations, notes, une bibliographie et un glossaire font de ce livre, fruit d’un travail remarquable, un document unique.

F. Krivitski (AL Paris Sud)

• Paul Mattick, La révolution fut une belle aventure, Des rues de Berlin en révolte aux mouvements radicaux americains (1918-1934), Montreuil, L’Échappée, 2013, 192 pages, 17 euros.

 
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