Mineurs étrangers isolés : Des jeunes comme les autres ?

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Les mineurs isolé-e-s ont quitté, seul-e-s, leur pays pour arriver en France sans famille ni ressource. Aujourd’hui, en France, départements et État se renvoient la responsabilité de leur prise en charge, explicitement considérés comme une charge financière que personne ne veut assumer. Mais ces jeunes se mobilisent.

Peu de gens connaissent le sort qui est réservé aux mineurs isolé-e-s étrangers (MIE) par les départements, légalement obligés de protéger ces quelques milliers de mineurs en danger. Un protocole national a été signé en mai 2013, censé répartir les jeunes primo-arrivants dans différents départements : il s’agirait de prendre en charge tous les jeunes mineurs tout en respectant les inégales capacités d’accueil des conseils généraux. Il s’agit toutefois d’une règlementation discriminatoire, puisque les mineurs étrangers sont explicitement traités différemment des mineurs français (qui, eux, sont pris en charge dans le département où ils se trouvent et pas ballotés au gré des places disponibles).

Surtout, les abus dans l’application de cette règlementation sont nombreux : ce sont plusieurs centaines de mineurs qui sont laissés à la rue, été comme hiver, avec des arguments douteux (ils ne seraient pas vraiment mineurs, pas vraiment isolés, pas vraiment en danger… À se demander pourquoi ils ont migré seuls au péril de leur vie). Et même lorsqu’ils sont pris en charge, il s’agit d’une prise en charge a minima, sans accès à une formation, ni même parfois à une protection sociale ou aux soins… Tout ça constitue un bel exemple de la xénophobie des politiques (de gauche ou de droite). Cette situation montre bien la politique gestionnaire de l’action sociale : on parle chiffres, flux, charges… et pas qualité de l’accompagnement.

Des collectifs de soutien s’organisent pour faire face à cette situation. Le premier à Paris, né en 2012 à l’initiative d’une quinzaine d’associations, a créé une permanence d’accueil, afin de mieux connaître et de dénoncer la maltraitance à laquelle se livrent les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de Paris. Il a inspiré un deuxième collectif dans les Hauts-de-Seine, et devant l’actualité sur l’ensemble du territoire, d’autres se développent dans bon nombre de départements.

Allez les jeunes !

Surtout, les jeunes se mobilisent ! Après leur participation à un premier rassemblement organisé par le collectif MIE en juin 2013 devant l’ASE de Paris, des mineurs et jeunes majeurs se sont organisé-e-s ces dernières semaines pour protester contre ce que les services sociaux leur font subir, à commencer par la mise à la rue fin décembre de plusieurs de leurs camarades du DMA Stendhal. Avec le soutien du collectif, ils résistent aux pressions des services sociaux et réclament le respect de leurs droits. Ils ont été plusieurs dizaines le 23 décembre à exiger de rencontrer le directeur du service de l’ASE en charge des MIE, pour lui faire part de leur incompréhension et de leur inquiétude pour leur avenir. Réponse immédiate : l’ASE appelle la police pour les refouler à grand renfort de lacrymo, lance en interne des menaces et pressions psychologiques, et installe des vigiles à l’entrée des locaux.

Les services sociaux ont montré leur incapacité à remplir leur mission et leur soumission à la politique xénophobe des départements. À nous maintenant de soutenir toute lutte engagée par les jeunes pour le respect de leurs droits et l’égalité de traitement.

Clémence (AL Paris-Nord-Est)

 
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