Mouvement contre la LRU : Les causes de l’enlisement

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Une quarantaine d’universités en piquets de grève, une soixantaine de mobilisées, plusieurs centaines de lycées en grève… encore une fois la jeunesse a démontré, de manière massive, son exaspération face aux politiques de domination sociale. Pourtant, rapidement isolé, le mouvement a finalement été écrasé par la répression. Reste aux militants révolutionnaires à travailler à l’auto-organisation des jeunes au sein des syndicats de lutte afin de préparer les prochaines batailles.

Bien que la LRU mobilisa, dès sa présentation, un consensus contre elle de la part de la grande majorité des syndicats traditionnels de personnels et d’étudiants, personne parmi ces derniers ne prit la responsabilité d’organiser une mobilisation. Ce fut une intersyndicale étudiante (TUUD, SUD étudiant, FSE) qui prit la décision, seule, d’organiser la riposte. Un appel et un calendrier furent fixés et, dès la mi-octobre, de nombreuses AG se déroulèrent sur les campus, attirant nombre d’étudiantes et d’étudiants.

Les syndicats de lutte mènent la danse

Les piquets de grève furent rapidement votés dans de nombreuses universités début novembre et le mouvement s’étendit sur la majorité des facs et dans plusieurs centaines de lycées. Parallèlement, une coordination nationale était mise en place fin octobre et offrit ainsi au mouvement une visibilité rapide sans pour autant être assez efficace pour coordonner des mots d’ordre et une stratégie.

Si l’ampleur de la mobilisation a démontré la capacité croissante des syndicats de luttes à impulser des grèves d’envergure, elle n’en est pas moins le fruit d’une jeunesse exaspérée par la dégradation continue de ses conditions de vie, d’étude et de travail et habituée aux pratiques de lutte de ces dernières années.

De l’isolement à l’écrasement

Le mouvement étudiant et lycéen, entamé alors que les cheminots et les gaziers se lançaient dans une grève contre la casse des régimes spéciaux, avait tout d’abord laissé espérer une convergence avec ces derniers. L’arrêt du mouvement chez les salariés enterra cette hypothèse, entraînant un isolement des jeunes grévistes. Mais c’est au sein même de ce « monde scolaire » que la solitude des grévistes prit le plus d’ampleur. Si la mise en place des piquets de grève poussa un nombre important d’universitaires à prendre position en faveur des étudiants mobilisés, les principaux syndicats de personnels n’apportèrent au mieux qu’un soutien distant au mouvement, au pire le condamnèrent dans sa forme. Cette attitude de ceux et celles qui aujourd’hui ont érigé leur lâcheté en ligne syndicale fut désastreuse. S’appuyant sur l’isolement du mouvement, le gouvernement et l’administration universitaire entreprirent d’écraser celui-ci par une répression méthodique : arrestations arbitraires (Perpignan), menaces individuelles (Toulouse), charges de CRS sur les piquets de grève (Nanterre), votes à bulletins secrets truqués, dénonciation de syndicalistes à la police (Lyon)… Tous les moyens furent bons pour dissuader les étudiantes et les lycéens de lutter. Petit à petit les comités de grève se vidèrent, les manifs furent de moins en moins imposantes et le mouvement fut écrasé.

S’organiser pour gagner

Situation qui nous fait penser que cette grève fut finalement plus, de fait, une défense du droit à contester des politiques qu’une lutte contre la LRU. La récurrence des mouvements de jeunesse, ces dernières années, nous fait dire que ces explosions successives ne prendront un sens révolutionnaire que si ce qu’elles visent se concrétise à travers des cadres précis ; à savoir les outils syndicaux de lutte démocratique. Du fait de leur développement, suite au mouvement CPE, les syndicats de luttes ont réussi à lancer un mouvement seuls. Travailler à leur renforcement et à leur coordination croissante, c’est travailler pour une future victoire du mouvement social étudiant.

Tristan Renard (AL Toulouse)

 
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