Pérou : Pas de derricks dans la jungle

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Le scénario était écrit d’avance par le président Alan Garcia : on allait charcuter l’Amazonie péruvienne et ses Indiens qui avaient le tort de gêner l’implantation des multinationales pétrolières. C’était sans compter sur la résistance populaire.

Le président péruvien Alan Garcia comptait dresser les populations « blanches » contre les « sauvages » d’Amazonie. Il a échoué, et c’est un mouvement populaire inflexible qui l’a obligé à renoncer à son projets de livrer l’Amazonie péruvienne aux multinationales pétrolières. Son gouvernement socialo-nationalo-libéral, déjà connu pour avoir quasiment supprimé le système d’instruction publique gratuit dans un pays qui compte 10 % d’analphabètes, n’est pas avare quand il s’agit de combler les multinationales. Alors que l’Amazonie péruvienne n’avait jusqu’alors intéressé que quelques aventuriers et des humanitaires, des prospections ont cette année permis d’y découvrir des ressources pétrolières et gazières… sur des zones indiennes protégées depuis les années 1970.

Des champs pétrolifères dans une zone protégée ? Qu’à cela ne tienne ! Le gouvernement a illico entrepris de changer le statut et de modifier le tracé de la zone protégée pour faciliter l’implantation des compagnies Perenco (franco-britannique), PlusPetrol (argentine), Petrolifera (canadienne), Repsol (espagnole) et Petrobras (brésilienne).

Dès avril, le projet a suscité une opposition populaire acharnée mais, surtout, très plurielle : aux Indiennes et aux Indiens regroupés dans l’Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP) se sont agrégés les mineurs de la région de La Oroya, les planteurs de coca de Tingo Maria ou encore les paysannes et les paysans d’Andahuaylas.

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Manifestant battu par les policiers à Bagua. © Marijke Deleu and Thomas Quirynen/Survival.

Pour les discréditer, le gouvernement a essayé de les faire passer pour des « agents de l’étranger », des sécessionnistes et des terroristes. Raté : jamais une lutte sociale au Pérou n’avait rassemblé autant de travailleuses et de travailleurs que rien n’unissait au départ.

Pour réussir une telle coalition, l’AIDESEP s’est inspirée des luttes menées depuis quelques années déjà en Équateur ou au Mexique, en agrégeant à ses revendications sur le statut des zones protégées des revendications et des problématiques écologiques beaucoup plus larges. Sur place, l’Unión Socialista Libertaria (USL, lire AL de septembre 2008) s’est mobilisée elle aussi. Le 5 juin, elle a lancé un appel à la solidarité internationale, repris par plus de 50 organisations libertaires dans le monde.

Du sang sur la route

Le point culminant de la mobilisation a été le blocage routier de la région de Bagua, suivant une tactique très employée au Pérou. Mais les 5 et 6 juin, le sang a coulé. Dans le vacarme des hélicoptères et des tirs à balles réelles, les forces de l’ordre ont attaqué les barrages. Les manifestants ont répondu par des jets de pierre et ont séquestré plusieurs policiers. Bilan : une douzaine de morts du côté du peuple, et au moins 24 du côté de l’État.

C’est suite à cette débauche de violence et à la réprobation internationale qu’elle a suscité, que le Parlement péruvien a retoqué précipitamment le 18 juin la loi qui ouvrait l’Amazonie aux compagnies pétrolières. Cette première victoire n’a pas refroidi l’ardeur des manifestantes et des manifestants qui, s’ils ont levé les barrages en Amazonie, continuent la lutte dans d’autres régions du Pérou. Dans les régions de Junin, à 200 km de Lima, d’Apurimac (950 km) et de Cusco (1 150 km), l’armée surveille à présent les infrastructures énergétiques et routières. Il ne faudrait quand même pas que cette victoire donne de mauvaises idées ailleurs !

Valentin Frémonti (AL Toulouse)

Plus d’info sur www.anarkismo.net et sur le site Web de l’USL

 
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