Point de vue : Battre la droite pour le 3e tour social

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Nous publions ici une tribune qui présente la position de militantes et militants d’Alternative libertaire, différente de celle adoptée en coordination fédérale par Alternative libertaire.

Notre organisation défend pour les élections présidentielles une non-consigne de vote, en partant du principe que le vote diviserait les travailleurs et travailleuses et que « l’essentiel en politique » ne se jouerait exclusivement que « dans les luttes sociales ». Ce positionnement politique aboutit, selon nous, à faire comme si la campagne et le résultat des élections présidentielles n’avaient aucune incidence à la fois dans la politisation des exploité-e-s et dans la défense de leurs intérêts de classe. Nous considérons que cette position est erronée et contre-productive au regard de la politique que nous défendons dans notre expression, dans le mouvement social (syndicats et associations), dans les luttes et dans notre stratégie d’unité des anticapitalistes.

En effet, que cela nous fasse ou non plaisir, la majorité des exploité-e-s ne conçoit un changement que par la conquête du pouvoir institutionnel. Les taux d’abstention très forts qui ont marqué certains scrutins ces 15 dernières années n’invalident pas ce constat. Au contraire : l’abstention est majoritairement une abstention de désintérêt pour toute action collective, aussi bien institutionnelle que dans les luttes. Si tel n’était pas le cas, comment expliquer qu’une partie significative des exploité-e-s ne s’organise pas dans les organisations extraparlementaires ? Comment expliquer qu’ils et elles ne rejoignent pas une abstention révolutionnaire, c’est-à-dire concrètement ne participent pas ou très peu à un mouvement social, syndical et politique multiforme qui soit capable d’opposer de façon crédible une alternative en termes institutionnel et économique à la démocratie libérale et au système capitaliste ?

Plutôt que d’adopter une position de spectateurs attendant la fin de la séquence électorale pour recommencer à débattre de résistance sociale et d’alternative révolutionnaire, nous pensons que nous avons plus à gagner en portant le débat politique sur les contradictions des discours et stratégies de transformation sociale du NPA, de LO et des partis composant le Front de gauche.

[*Ne pas rester spectateurs*]

Indépendamment du jugement que nous portons sur le programme et la stratégie de ces organisations, nous ne pouvons pas ignorer les dynamiques sociales à l’œuvre derrière les votes pour ces candidats. La dynamique d’un vote « à gauche » n’est pas celle d’un vote « à droite » et aucune stratégie de luttes sociales ne peut se construire sans prendre en compte ceux et celles qui se retrouvent dans ces dynamiques. Notre stratégie de fronts anticapitalistes pour résister et contre-attaquer face aux plans d’austérité y gagnera en visibilité et lisibilité auprès des nombreux militants et militantes proches de ces organisations qui ne sont pas dupes des enjeux de l’après élection présidentielle, en termes de capacité à résister et tracer une alternative.

Pour AL dans son ensemble, une telle alternative ne pourra émerger que des luttes et de leur unification sur des revendications de rupture avec l’ordre établi. Or, ce n’est pas en septembre qu’il faut mener une telle stratégie, mais bien dès aujourd’hui dans les débats avec les exploité-e-s qui vont voter à la gauche du PS, ainsi qu’avec les dizaines de milliers de militants et militantes du mouvement social polarisés dans leurs discussions politiques par le Front de gauche. À ce propos, nous sommes en désaccord avec l’analyse selon laquelle la gauche de la rue, celle des associations et syndicats de lutte, serait dénuée de calculs politiciens comme on peut le lire dans une partie de notre expression fédérale. Le mouvement social est traversé par les mêmes contradictions que les partis à la gauche du PS : contradiction entre la lutte sur le terrain social et le combat institutionnel dans le cadre imposé du jeu électoral actuel, ce dernier étant par nature défavorable à une quelconque alternative. Ce sont souvent les mêmes militantes et militants de cette gauche de la rue que l’on retrouve pour partie dans un prolongement politique électoral.

[*Construire les luttes*]

Ne pas adresser de consigne de vote tant pour le 1er que pour le 2nd tour est en ce sens contre-productif. Cela ne fait que bloquer les discussions avec eux et elles sur le bilan négatif d’une stratégie de transformation sociale par les institutions (1981-1983), sur les moyens que nous pouvons nous donner pour que les exploité-e-s fassent irruption directement sur la scène politique, par leurs luttes et la formulation d’objectifs politiques révolutionnaires. Ce refus de consigne constitue en creux un soutien à la droite qui nous coupe de toute possibilité de dialogue avec ces militantes et militants auxquels nous voulons nous adresser et avec qui nous partageons nombre de luttes dans le monde associatif ou syndical.

C’est pourquoi, nous défendons au 1er tour des présidentielles qu’aucune voix des exploité-e-s ne se porte sur les candidats des plans d’austérité et du paiement de la dette, de Le Pen à Hollande. Au 2nd tour, nous appelons à battre largement le candidat de la droite ou de l’extrême droite sans aucune illusions sur le vote pour un éventuel candidat socialiste. Notre fil conducteur reste bien la construction d’un troisième tour social. Mais pour cela, le rôle des révolutionnaires devrait être de pointer les contradictions de la gauche de la gauche, d’expliciter les points de convergences et d’avancer nos propositions plutôt que de se situer en spectateurs et spectatrices, ce qui nous conduit à l’impuissance politique et décrédibilise notre discours. Il y a besoin de décantations politiques, et nous faisons le choix de mener le débat pendant et après la campagne électorale car c’est un moment où malgré tout, les exploité-e-s sont plus réceptifs aux questionnements politiques.

AL Lorient, Jean-Luc et Axel (AL Rennes), Laurent, Xavière, Seznec et Clo (AL 93), Grégoire (AL Paris Sud), Lulu (AL Nantes)

 
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