Poste du Louvre : Une spéculation timbrée

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La destruction du monde ouvrier à Paris fait encore des dégâts, la Poste du Louvre en est l’exemple. Depuis plusieurs années, l’entreprise privée postale recherche à faire fructifier son patrimoine immobilier dont l’un de ses plus grands – et plus symboliques – bâtiments. Sans garantie pour l’emploi

Le projet dessiné par ­Dominique Perrault, architecte de la bibliothèque François-Mitterrand, prévoit d’installer dans les 35 000 m², de la Poste du Louvre, un hôtel et des restaurants sur 6 000 m², respectivement tenus par les groupes Elegancia et Kong. Le projet veut également installer des bureaux open-space et des commerces ainsi qu’une plateforme logistique pour les commerces environnant, dont les Halles, avec l’accord de la Mairie de Paris.

Silence radio de la poste

Auparavant, le site accueillait un centre de tri qui a été démantelé et le trafic délocalisé à Gonesse dans le Val-d’Oise ; il accueille encore différents sites de distribution du courrier ainsi qu’un centre de collecte et les fameux guichets ouverts presque 24h/24. Les six cents postiers et postières occupant le site sont forcé-e-s de quitter les lieux afin d’être envoyé-e-s sur différents sites plus exigus sans aucune garantie de retour sur le Louvre. La Poste et Poste Immo, gestionnaire du patrimoine immobilier du groupe, ont fait appel à JLL (Jones Lang LaSalle) afin de les conseiller et de trouver des investisseurs. Le projet du Louvre est resté flou pendant deux années : la Poste promettant aux agents qu’ils et elles resteraient sur le site tout en gardant un silence radio inquiétant sur le déroulement des travaux, aucune information ne passant, pas même au sein des différents comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

En février dernier, la Poste annonce que les travaux sont suspendus pour cause de risques liés au plomb dans la structure métallique qui soutient le bâtiment, au bruit des travaux et un risque au sous-sol. Quelques jours après, elle annonce que les travaux commenceront sans les agents sur le site. Toujours sans aucune garantie sur l’emploi et les effectifs : une aubaine pour encore réduire le personnel.

Face à la spéculation immobilière et à la gentrification qui efface du paysage urbain toute trace industrielle, les syndicats postiers partent en ordre dispersé. D’un côté, une partie de la CGT cherche à trouver un accompagnement social comme un signe de défaite. De l’autre, le reste de la CGT et Sud-PTT s’opposent au projet de travaux du Louvre, demandant une rénovation et un retour de l’activité postale sur le site en adéquation avec la baisse, réelle ou supposée, du trafic. C’est dans cette dernière revendication, qui devrait être prioritaire, que les postiers et postières communistes libertaires se retrouvent.

Sur le dos des postiers

Face à cette confusion, les travailleurs et travailleuses de la Poste semblent désarmé-e-s, dans l’attente d’un sursaut. Il devient urgent que les organisations syndicales harmonisent leurs revendications et animent une mobilisation dont les agents doivent s’emparer au plus vite. Une mobilisation qui doit montrer que la Poste n’est pas toute-puissante. Une lutte face aux investissements qui se font sur le dos des postiers et postières.

Z. de Marollen (Saint Denis)

 
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