SNCF : Action directe contre le train de la privatisation

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L’initiative interprofessionnelle « camping des luttes » des 16 et 17 septembre à Dugny (Meuse) contre le train de la privatisation, même si elle n’a pas été suivie massivement, permet de relancer la lutte pour la défense du service public ferroviaire. Plus de 300 personnes ont ainsi été présentes sur les deux jours de rencontres, de concerts, de débats, de meeting et d’action directe.

Cette initiative s’inscrivait dans la continuité de deux précédentes mobilisations : celle du 2 mai 2005 avec la manifestation unitaire à Metz de centaines de cheminot(e)s à l’appel de toutes les fédérations syndicales contre le train privé ; et celle du 13 juin 2005, jour de la première circulation effective du train Connex (du nom de la société privée qui fait rouler ce train), où plusieurs centaines de cheminot(e)s ont été violemment repoussé(e)s des voies par les charges des gendarmes-mobiles et les gaz lacrymogènes (voir AL n° 143). Pourtant, cette nouvelle mobilisation – à l’initiative de SUD-Rail et de l’Union syndicale Solidaires, relayée localement par Solidaires 54 et la Confédération paysanne – à vocation largement unitaire et interprofessionnelle a été cette fois délibérément ignorée par les autres fédérations cheminotes (la CGT notamment). Sans doute, l’approche des prochaines élections professionnelles à la SNCF est une des raisons qui peut en partie expliquer cette attitude sectaire des fédérations syndicales.

Mais cela n’a pas entamé la réussite de ce « camping des luttes », puisqu’un des faits notables est la forte participation des délégations syndicales cheminotes européennes : RMT (Grande Bretagne), Orsa (Italie), CGT (Espagne), CGSP (Belgique), FNV (Pays-Bas), avec des messages de la SAC (Suède), de Kokuro (Japon), de Zachitcha (Russie) et la présence d’Attac sur la lutte autour du rail malien (Cocidirail). La solidarité syndicale internationale s’est ainsi concrétisée par une participation active à ce « camping des luttes » et des rencontres qui renforcent véritablement les liens pour les luttes à venir.

Renouer avec la désobéissance civile

Après les débats de la matinée du samedi, le « camping des luttes » s’est poursuivi par une courte manifestation et surtout par une action directe symbolique sur les voies : le démontage des rails sur plusieurs mètres. Le tout, dans une ambiance fraternelle et dans les fumées des torches qui masquaient l’action aux yeux indiscrets. Les escadrons de gendarmes mobiles ont ainsi été visiblement pris de court, puisqu’ils nous attendaient en force quelques kilomètres plus loin, à la hauteur de l’usine à chaux de Dugny.

Ce geste de démontage des rails a une portée symbolique importante. À la fois, parce qu’il ne suffit pas de refuser en paroles la privatisation, mais qu’il faut surtout continuer d’agir pour réellement s’y opposer. Et également, parce que, face à la menace des sanctions et à la réelle criminalisation du mouvement social, il est important que des salarié(e)s, syndicalistes et militant(e)s d’horizons divers, continuent à pratiquer l’action directe, l’illégalisme et surtout à l’assumer collectivement.

Un des débats du samedi matin portait d’ailleurs sur la « criminalisation du mouvement social ». Et la majorité des interventions étaient axées sur des cas emblématiques de répression : Pauline Salingue – par ailleurs personnellement victime d’agressions sordides pour tenter de l’intimider – de la Coordination lycéenne, sur la répression du mouvement lycéen et les procès en cascade qui continuent ; Mayant Fathi de SUD Nettoyage sur son expérience de répression syndicale ; Alain Cremel de SUD-PTT pour les postiers de Bègles en butte aux sanctions de la direction de La Poste ; Hubert Caron de la Confédération paysanne à propos des procès de faucheurs volontaires ; Isabelle Banny de l’Union locale CGT Longwy, à propos de Daewoo et de la lutte contre le procès arbitraire de Kamel Belkadi… Des interventions ont également porté sur les rafles de sans-papiers, les expulsions de familles mal logées et sur la nécessité de coordonner les actions de solidarité en vue d’une vaste campagne de désobéissance civile.

Le renforcement des lois sécuritaires, sous prétexte d’antiterrorisme, et de la répression est à interpréter en creux comme un aveu de faiblesse de la part d’un gouvernement ouvertement inféodé au patronat et de plus en plus clairement illégitime.

Après la victoire du Non, amplifier les luttes

Dernier fait marquant qu’il convient d’analyser : le « service minimum », voire l’absence remarquée de certaines composantes du mouvement qui a participé à la campagne pour le Non à la Constitution européenne, alors qu’il y avait une opportunité en or de relayer sur le terrain les discours sur la défense des services publics et contre les privatisations.

Nous avons déjà évoqué l’absence totale de réaction de la part de la Fédération CGT-Cheminots, ce qui risque de continuer à provoquer en interne des frictions avec les équipes les plus combatives. Annick Coupé était la seule responsable nationale d’une structure interprofessionnelle (Solidaires) présente.

Pour les organisations politiques : le PCF a ignoré l’initiative ; les Alternatifs, bien que signataires, n’étaient pas visibles ; et la LCR s’est limitée à une mobilisation locale, renforcée par la présence d’Olivier Besancenot. En revanche, de nombreux(ses) militant(e)s d’Alternative libertaire ont activement participé à ce rassemblement interprofessionnel. Pour les associations et les collectifs, même topo dans l’ensemble : la Fondation Copernic n’a pas daigné répondre, Attac – visiblement empêtrée dans ses tensions internes au sommet à l’approche de son Assemblée générale et de ses Assises – a seulement signé sans relayer, et la plupart des collectifs pour le Non ont fait de même.

Ce manque de relais manifeste est assez révélateur des ambiguïtés qui traversent le mouvement social quant aux prolongements à donner à la victoire du 29 mai. Il serait en effet pitoyable que cette victoire serve uniquement de tremplin électoral aux partis de la gauche institutionnelle ou à une candidature autoproclamée du « mouvement social » pour tenter de battre la droite en 2007. Il convient de marteler avec détermination l’autonomie du mouvement social, afin d’éviter les embourbements possibles sur le terrain institutionnel et électoral.

Au contraire, cette victoire du Non doit permettre aux classes populaires et aux mouvements sociaux de reprendre l’initiative sur le terrain des luttes. Dugny, par sa portée symbolique, marque indéniablement une étape dans ce sens. En effet, face à un gouvernement et un patronat de combat, seule peut peser, par les grèves et dans une dynamique d’affrontement social, une extension de la lutte des classes.

Des camarades d’AL Rail


<titre|titre=Solidarité avec les postiers bordelais>

Les postiers de Bordeaux sanctionnés à l’occasion d’un conflit du travail (voir AL n° 143, septembre 2005) poursuivent leur lutte pour faire annuler les sanctions.

La solidarité s’organise et un compte à été ouvert : SUD-PTT 33 - Solidarité CCP 1289640 B Bordeaux. Si deux postiers de SUD ont obtenu en référé la suspension de leur sanction et ont pu ainsi de nouveau rejoindre leur poste de travail au sein du centre de tri, les autres référés SUD et CGT ont été rejetés. Il importe que la solidarité financière permette à chacun des postiers sanctionnés de vivre.

Le Conseil d’État devrait examiner dans quelques mois, les recours. D’ici là, aucune occasion ne doit être manquée de rappeler à La Poste, le refus des sanctions politiques qu’elle a infligées aux 14 postiers de Bordeaux .

 
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