Sortir du nucléaire : Il faut sauver le réseau

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Le Réseau pour la sortie du nucléaire, dont Alternative libertaire est membre, traverse ces derniers mois une crise qui pourrait bien avoir des conséquences décisives sur le futur du mouvement. La faute à une tendance qui tend à relativiser le risque nucléaire au nom de l’action contre le réchauffement climatique. Un mirage « sarkocompatible » plus que néfaste.

En février 2010, l’Assemblée générale du réseau Sortir du nucléaire a été le théâtre de discussions houleuses. La cause des tensions remonte à l’automne 2009. À l’époque, le Conseil d’administration du réseau avait pris la décision de signer l’appel « Ultimatum climatique » pour le moins contestable. Non seulement celui-ci ne faisait pas la moindre allusion à la lutte antinucléaire, mais il concluait de surcroît par un appel naïf à l’autorité de Nicolas Sarkozy, rédigé en ces termes : «  Monsieur le Président, vous vous devez de prendre la tête de ce combat qui est sans doute l’enjeu de ce siècle. » Un « combat » qui évoquait furieusement les principes utopistes du capitalisme vert. Pareille orientation s’écartait complètement de la politique observée jusque-là par le réseau : fort logiquement, cette signature fut ensuite désavouée par l’Assemblée générale des organisations membres du réseau, tenue en février.

Rivalités politiques et personnelles

Quelques temps plus tard, nouveau rebondissement : Stéphane Lhomme, un des porte-parole du réseau, président de l’association Tchernoblaye, était licencié. Une décision grave, qui entrait en contradiction directe avec les décisions prises par l’AG de février.

Quels sont les protagonistes de cette crise ? D’un côté, une majorité du conseil d’administration (CA) et des salarié-e-s soutiennent le départ forcé de Stéphane Lhomme. De l’autre côté, des associations et une minorité du CA refusent cette décision. Pendant ce temps, de nombreuses associations semblent préférer rester à l’écart des tensions, de manière à ramener le calme à l’intérieur du réseau, pensent-elles.

Certes, des rivalités personnelles diverses ont contribué à envenimer les antagonismes politiques. Mais en fin de compte, c’est la lutte antinucléaire en France qui risque d’en pâtir. Dans un communiqué de presse du 14 avril, Alternative libertaire a rappelé le rôle majeur du réseau dans ce combat difficile. AL appelle bien évidemment au respect scrupuleux des règles établies dans le cadre des AG, et demande donc « la réintégration de Stéphane Lhomme dans son statut de salarié du Réseau », tout en s’opposant à toutes les « tentatives de prise du pouvoir », d’où qu’elles émanent. En particulier, AL rappelle que ce ne sont ni les salarié-e-s, ni les membres du CA qui prennent seul-e-s les décisions.

Concilier capitalisme et écologie ?

Par-delà les discordances individuelles, il faut aussi admettre que des questions de fond sont en jeu. Depuis quelques années, l’illusion d’une possible conciliation entre capitalisme et écologie politique fait son chemin. L’exemple du nucléaire démontre pourtant les contradictions d’un tel raisonnement. Les rythmes caractéristiques de l’économie de marché favorisent bien au contraire une sous-évaluation des menaces de catastrophes majeures, au mépris des alertes ou des accidents passés. Quant aux pollutions inhérentes au fonctionnement ordinaire de l’industrie nucléaire, elles ne concernent qu’une partie de la population et des territoires, qui subissent en permanence les risques pris en haut lieu. Les entreprises engagées dans le secteur nucléaire ou l’État n’ont en effet aucune raison de sacrifier leurs intérêts financiers et stratégiques, en recherchant des alternatives.

Le Réseau pour la sortie du nucléaire représente donc un outil nécessaire. Son efficacité vient de ce qu’il fédère des dizaines d’associations, mais aussi de ce qu’il porte une critique radicale des modes actuels de production d’énergie.

AL souhaite que les difficultés rencontrées puissent être résolues, dans le cadre le plus adapté, à savoir la prochaine AG du mois de juin. C’est en réaffirmant les buts et les méthodes du réseau qu’on pourra en sauvegarder au mieux la cohérence.

Boris (AL Paris-Sud)

 
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