Sortir du nucléaire : Le Réseau en panne

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Miné par une crise interne depuis 2010, le réseau Sortir du nucléaire tenait fin janvier son assemblée générale annuelle, l’occasion de faire le point sur les enjeux en termes de structuration du mouvement antinucléaire.

Tout va bien pour le nucléaire français. La promesse de Hollande de fermer la centrale de Fessenheim en 2016 ne sera vraisemblablement pas tenue, le Laser Mégajoule va ouvrir ses portes en fin d’année [1], et il n’est pas exclu qu’EDF décide d’allonger la durée de vie des centrales de 40 à 50 ans, même si cette information diffusée par les médias n’a pas encore été confirmée. Dans ce contexte, les positions et la situation du réseau Sortir du nucléaire, qui tenait son assemblée générale annuelle à Lyon les 18 et 19 janvier, semblent assez préoccupantes.

Le rapport moral du conseil d’administration et les débats manquaient complètement d’analyse et de stratégie politique, notamment par rapport à la participation d’Europe écologie-Les Verts à ce gouvernement pronucléaire. La réflexion sur les formes de lutte était elle aussi absente, alors que la seule action nationale organisée en 2013 par le réseau a été un échec. La chaîne humaine de Paris a rassemblé moins de 20 000 personnes, contre 60 000 l’année précédente dans la vallée du Rhône.

Problèmes structurels

Cette mollesse du réseau, qui accentue le sentiment de dérive bureaucratique et/ou partisane en faveur d’EELV, s’explique en partie par une crise interne. Mais sans solution à cette crise, les guerres de pouvoir continueront, et c’est finalement le mouvement antinuke dans son ensemble qui en souffre.

Mais les problèmes sont aussi liés au fonctionnement même du réseau, notamment au niveau démocratique. Le même binôme d’administrateurs et administratrices peut par exemple être élu indéfiniment, en tournant seulement entre titulaire et suppléant. L’AG ne peut voter ni l’ordre du jour ni la composition de la tribune décidés par le CA. Aucun amendement ne peut être proposé aux motions avant l’AG. Puis, quand l’AG décide d’en amender une, beaucoup de représentants acceptent de voter alors qu’ils ou elles n’ont pas de mandat de leurs groupes sur la nouvelle motion. Ces représentants sont souvent les mêmes depuis des années, ce qui n’aide pas au bon déroulement de l’AG, qui ressemble trop souvent à une foire où se retrouvent de vieux amis et ennemis. Ces modes de fonctionnement sont contre productifs, bridant le dynamisme, pourtant réel, des groupes locaux. Pour tenter d’apporter une solution, l’AG 2013 avait massivement voté pour une refondation du réseau, notamment au travers d’un processus de régionalisation. Malheureusement, aucune des trois propositions débattues n’a recueilli de majorité, ce qui va bloquer ce processus pendant encore un an. Mais la décision d’organiser un congrès sur trois jours en 2014 pour débattre plus tranquillement des questions de fond (stratégie, régionalisation) permettra peut-être d’avancer, sans quoi l’avenir du réseau s’assombrirait lourdement.

Flo (AL Lyon) et Jocelyn (AL Marseille)

[1Voir « Fusion nucléaire : la fuite en avant ! » dans AL n°226, mars 2013.

 
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