Syndicalisme : Départs de la CFDT : où en est-on ?

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Fin juin, les responsables CFDT oppositionnels de l’ex-courant « Tous ensemble » annonçaient des dizaines de milliers de départs. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Explications, à partir de l’exemple de la Fédération générale des transports et de l’équipement (FGTE) et de sa branche cheminots, figures de proue de cette opposition interne.

Dès le départ, les méthodes et les choix des responsables nationaux confirmaient une pratique assez bureaucratique ; vingt années de permanence syndicale - fusse oppositionnelle - ça finit par couper des équipes de terrain !

C’est ainsi qu’avec celle de la CGT, la seule piste explorée au début de l’été était la FSU (Fédération syndicale unitaire, présente quasi exclusivement dans l’Éducation). Hypothèse vite abandonnée car, d’une part, il s’avérait compliqué d’expliquer aux camarades routiers ou cheminots que, pour continuer un syndicalisme interprofessionnel, il fallait rejoindre la FSU, d’autre part la FSU ne montrait guère d’enthousiasme à élargir son champ de syndicalisation au-delà de la fonction publique au risque de remettre en cause ses rapports privilégiés avec la CGT.

Restait la CGT. C’est la voix choisie par une majorité des responsables nationaux FGTE, par la totalité des douze membres du Bureau national CFDT-cheminots.

Une partie continue à y voir la possible « centrale unique » censée unifier les travailleurs, pour d’autres cette démarche est avant tout politicienne, elle rejoint les différents appels à reconstruire « la gauche de la gauche »… Mais c’est aussi un choix tout à fait respectable, dans la mesure où il s’agit, aussi, de renforcer une des forces syndicales qui permet un syndicalisme de lutte. Ce plan s’est toutefois heurté à un petit détail : une grande partie des équipes de base ne sentaient pas du tout ce ralliement à la CGT.

La débâcle finale ?

Refusant toujours de travailler sérieusement à la piste Solidaires (SUD), les responsables nationaux FGTE et Cheminots CFDT prenaient alors contact… avec l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes). Croyaient-ils vraiment qu’une dynamique était possible en proposant de saborder une fédération de la « gauche CFDT » au profit d’une organisation qui, si elle a pris sa place dans le mouvement sur les retraites, n’est quand même guère éloignée de la confédération CFDT ? Sans doute pas, mais il s’agissait de donner l’illusion d’une recherche pluraliste… tout en rejetant toujours Solidaires.

Ainsi préparée, l’assemblée générale de la FGTE de fin septembre ne pouvait qu’être un échec, d’autant que la résolution proposée par la majorité du secrétariat national proposait… de rester à la CFDT jusqu’en juin 2004 (date prévue pour le congrès fédéral).

Si la volonté de quitter la CFDT a été réaffirmée par nombre d’équipes, l’absence de perspective collective réaliste a créé un malaise certain. Depuis, c’est l’éclatement :
- une partie non négligeable des branches (aériens, route, équipement) achoisi majoritairement de ne rien faire ; laissant des syndicats « dans la nature » comme celui de la Météo qui s’est désaffilié et prendra une décision sur la suite en mars, comme plusieurs sections de routiers qui ont rejoint la CGT, quelques-unes contactant Solidaires ;
- des responsables nationaux ont confirmé leur départ de l’organisation, à commencer par le secrétaire général de la FGTE qui, à un an de la retraite et sans beaucoup de collectifs avec lui, rejoint la CGT ;
- chez les cheminot(e)s, la marche forcée du bureau national vers la CGT a provoqué une crise ; un appel à rejoindre SUD-rail a été lancé par des responsables de plusieurs régions CFDT et des membres du secrétariat national FGTE. Majoritairement, les syndicats des régions Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardennes, Picardie, Loire-Atlantique-Vendée, Rhône, et bien des équipes locales ont fait le choix de SUD-rail. Malgré cela, le bureau national n’entend soumettre que la « solution CGT » au vote de l’assemblée générale du 6 novembre… au risque de faire le jeu des proconfédéraux qui attendent depuis 25 ans de récupérer enfin cette structure !

Sans nier le travail effectué durant des années, notamment en terme de syndicalisation dans le secteur de la route, les responsables du courant incarné par la FGTE devront tout de même s’interroger sur le bilan réel de leurs pratiques : quel héritage vraiment pour le syndicalisme de lutte et de transformation sociale ? L’éclatement final n’est-il pas un terrible aveu d’échec d’un syndicalisme qui a toujours refusé de renoncer à des pratiques bureaucratiques qui ont sans doute beaucoup pesé dans cette fin peu réjouissante ?

Le mois de novembre, avec des assemblées générales de branches importantes (cheminots, équipement) apportera des précisions. Nous y reviendrons.

Mouldi C.

 
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